DES M Œ U R S. si
On ne fàuroit s’y prendre trop douce,meut : il faut louer, encourager & flattercet orgueil défiant, qui craint de se fairetort dans l’esprit des autres ou de setrahir soi-même. Car quoique la timiditéait toutes les apparences de la modestie,c-lle n’est souvent qu’une vanité secrete& plus raffinée. Plusieurs ne font timidesque parce qu’ils veulent trop plaire, &qu’ils font trop sensibles aux jugemensqu’on peut faire d’eux. Ils ne parlentqu’en tremblant, parce qu’ils ne saventcomment on recevra ce qu’ils disent &s’il est propre à leur faire honneur. Ilest dangereux de laisser prendre auxjeunes gens trop de confiance en eux-mêmes ; il y a du danger à ne pas leur.en laisser prendre assez. Une hardiesse &une timidité excessives font égalementcontraires à la vraie politesse, qui veutqu’on parle & qu’on agisse d’un air mo-deste & d’un air aisé, afin de ne choquer& de ne gêner personne. La préfomp.tjon produit le mépris des autres, & par-la le manquement aux égards qui leurfont dus. Le défaut d’une juste confianceen foi-même, produit une pudeur niaise& un embarras ridicule.
Mais quoique la timidité soit un dé-faut , on la pardonne bien plus volontiersque la présomption : elle flatte l’orgueildes autres, au lieu que la présomption
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