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savent la plupart des hommes , & com-ment le savent-ils ? souvent d’une ma-niéré si trouble & si confuse , que cesprétendues connoiisances ne servent qu’àles jeter dans l’erreur. Le nombre deleurs connoiisances est bien petit, encomparaison de la masse infinie de ce quileur resteroic à savoir : encore ces con-noissances font - elles comme enseveliesdans un amas encore plus grand d’er-reurs. Et cependant on s’enfle de l’ac-quisition de ce ténébreux butin, commes’il importoit plus de savoir beaucoupque de bien savoir.
Je conviens qu’il y en a qui fi ventmieux, avec plus de clarté & de distinc-tion ; ce qui fait les vrais favans, puisqu’une foule de connoiflànces entasséesne fait pas plus un savant, qu’un tas de
E ierres rassemblées au hasard ne fait unel édifice. Mais ceux-mèmes qui saventle mieux, ne sont-ils pas les premiers àreconnoitre combien les connoiisancesde l’homme font bornées? Ils se trou-vent en bien des matières environnésd’abymes impénétrables, de ténèbres,d’incertitudes ; ils ne saur oient faire unpas fans trouver des difficultés. Au lieud’apprendre ce qu’on ignoroit, on neparvient quelquefois, à force d’étude,qu’à délàpprendre ce qu’on croyoit sa-voir. Aulii n’y en a-t-il pas de plus
humbles