des Mœurs. 91
„ Je connois , dit M. de Claville, unmaraud qui a fait fortune : il me deman-dent il y a quarante ans l’honneur dema protection ; & ma protection étoitassurément la plus petite chose du monde :dix ans après il m’appela son ami : au-jourd’hui il ne me salue pas. J’ai connuun autre homme pire que le premier,parce qu’il de voit avoir l’ame plus belle;il avoir été mon intime ami, mais tout-à-coup il devint plus grand seigneur qu’ilne l'avoir espéré. A la première entre-vue il ne se souvint plus que de notreconnoissance, à la seconde il en rougit& l’oublia “.
Nous pourions rapporter beaucoupde traits pareils. Mais à ces exemplestrop communs & toujours déshonorans,opposons-en un autre ; & par l’amourde l’équité autant que pour la consola-tion des âmes sensibles aux charmes del’amitié, faisons voir que dans ce lieclemême où l’on ne sacrifie guere que furl’autel de la Fortune, il s’eit trouvé descœurs nobles & généreux, qui se sontfait gloire de sacrifier à l’Amitié pure& constante. Clément XIV , 11’étant en-core que simple Religieux, voyoit sou-vent un Peintre Italien fort médiocre.Il aimoit son caractère , ses mœurs, &vivoit.avec lui dans la plus grande in-timité. Elevé au Cardinalat , il devint