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des Mœurs. 127
venoit lui demander fa grâce. Ses amis ,pour l’y engager, lui disoient: Ne crai-gnez rien, votre grâce est assurée, dèsque vous aurez paru aux yeux du Roi.Ah ! dit - il , ßje ne puis obtenir ma cjrace ,fans paraître à scs yeux , je fuis perdu ."Cette raillerie fut rapportée au Prince,qui le fit mourir.
Le déiir de la vengeance est toujoursle premier fruit, que produit la railleriedans le cœur de celui qu’elle oiseuse.Philippe 7, Roi de France , aimoit à serailler de l’embonpoint & du gros ven-tre de Guillaume le Conquérant , Ducde Normandie . Il demandoit quelquefoisen riant à ceux de sa Cour quand Guil-laume accouehcroit. Ce Duc, qui étoità Rouen,,1e fut. 11 lui fit dire quil n at-tendait que l'heure de scs couches , & quequand il scroit relevé , il viendrait faireses remcrcîmcns à sainte Génevieve deParis avec dix mille lances au lieu dechandelles. En effet, il désola quelquetemps après le Vexin François , forçala ville de Mantes, la réduisit en cen-dres , & en fit tuer tous les habitans. Sila mort ne l’eût arrêté , il aurait pu con-quérir toute la France , comme il avoitdéjà conquis l’Angleterre.
La raillerie qui peut offenser, est in-digne de tout honnête homme; mais elleconvient encore moins à un Prince qu’à
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