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tout autre, parce qu’elle pique plus vive-ment. Henri IV voyant un GentilhommeProvincial, qui considéroit la magnifiquegalerie de Fontainebleau avec des yeuxitupides , s’approcha de lui, & lui de-manda à qui il appartenoit. A moi-même ,répondit le Provincial. Vous avez un sotmaître > lui dit le Roi. Louis XIV n’au-roit pas dit ce bon mot, quand il seseroit oisert à lui : il ne se permettaitpas la moindre raillerie désobligeante. Ilsavoit mettre dans ses paroles & dans sesactions plus de dignité & de décence queHenri IV , qui avoit le cœur bon , maisl’esprit trop vif.
Plus on est élevé au-dessus des autrespar son rang , moins on doit se per-mettre la raillerie, parce qu’elle est pluscruelle. Il y a d’ailleurs peu de gloire àespérer de ces badinages piquans , &beaucoup de honte à craindre , en s’ex-posant à une repartie d’autant plus humi-liante qu’on devoit moins se mettre dansle cas de la mériter. Un Courtisan avoitété plusieurs fois envoyé en ambassade.Son Prince lui dit un jour en le raillant,qu’il ressembloit à un bœuf. Je ne sais àqui je ressemble , répondit-il, mais je faisbien que j'ai eu l’honneur de vous repré-senter en plusieurs occafîons.
La raillerie est toujours mal reçue decelui à qui elle s’adresse, & n% fait guere