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Tome I
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ALE

ALE 22I

•Consul Anglois, nommé ie Sicut Philippe, a été le seul qui yait vécu 22. ans ; mais il étoit obligé d’avoir un cautère à cha-que partie de son corps. Céqui contribué beaucoup à ce mau-vais air, c’est un amas de plusieurs marais qui s’étenderit dansles plaines voisines. La plupart, des habituas d’Aléxandrète eníbrtent dès que les grandes chaleurs approchent, & se retirent''datìsiin village appelië Eehin, situé fur une montagne prochaine,oû U y a de lionnes eaux & d’éxcellens fruits. Environ à demilieue d’Alcxatidíétè, on voit une tour où font gravées les armesde Godèfrûy de Bouillon. Selon les apparences elle a été laitepour défendre le chemin qui est borde de marais de côté &d’atitre. 11 n’est pas permis aux Francs d’aller à pied d’Alé*xandrète àÁlep , qui n’en est éloignée que de 22. lieues verál’Orient: ce quiparoìt assez étrange. Voici le sujet qui a donnélieu à cette défense. II arrivoît louvent que quelques matelotsqui avóient un petit fonds d’environ Cent écus, coúroient à piedàAlep, où n’ayant pas dequoi faire un long séjour, ils ne sefoucioient pas de payer les marchandises qu’ils achetoient quatreou cinq pour cent plus qu’elles ne valorem ; ce qui étoit de’très-dangereufe conséquence pout les gros Marchands , qui é->toient obligés d’acheter ces sortes de mardiandilès au prix desprémiers acheteurs, suivant ía coutume du pays ; de forte quetaisant des achats pour des sommes très-considerables,ils aboientintérêt que ces matelots ne prissent pas les devans potir faireenchérir les marchandises. C/est pourquoi les Marchands obtin-'rent que les étrangers ne pourroient plus aller à pied d’Alexan-drèteà Aìep; mais qu’ils feroient obligés de prendre des che-vaux, & de payer !ix piastres pour chaque cheval, & autant pourle retour. Ainsi, en comptant les fraix tant du chemin que duséjour à Alep , le voyage ne fe peut faire à moins áe trente pia-stres : ce qui emporteroit tout le profit qu'un matelot pourroitfaire fur la somme qu'il voudroit employer, far ce moyen letrafic est demeure libre aux gros Marchands . "Tavérnier, voyagede Perse, Baudrand. Le Brun voyage au Levant ÊyC.

^ ALEXANDRIE , qn’on a surnommé la Grande , pour ladistinguer des autres villes dti ce nonl, Alexandrin , ville d’tí-’gypte fur ía mer Méditerranée, avec titre de Patriarchat. _ Ale-xandre le Grand la fit bâtir par Dinocrate uu Stclìcrate célébréArchitecte , comme un de.s monumens de ses conquêtes , la pre-mière année de la CXIL Olympiade. 332. ans avant la nais' fanée de Jcfus-Christ. La situation de cette ville étoit des plusavantageuses ; car elle etóit placée entre la mcr& un des brasdu Nil. Depuis, Alexandrie devint très-celébre j & ce fut nonfeulement la première ville de f Afrique après la ruine de Car-thage, mais la première du monde après Rome, comme l’ap-pelle Herodien . Ammien.Marceííin lui donne le titre de Ca-pitale ; & à la vérité- soit que l’on considérât favantage.de fi' situation, la fertilité de son terroir, la magnificence de les bâti-mens , & la commodité dc son port : soit que son eût égardàux sciences & aux arts qu’on y culcivoit, elle fembloit l’empor-ter fur soutes les autres. C’ctoic celle du monde qui étoit laplus féconde en hommes de lettres, & fur-tout en Astronomes& cil Médecins, parmi ldqucis on ne considérait presque queceux qui íbstoienc des ecoles d’Alexandrie . four f Histoire,

' Appien & Hérodien sont assez connus. Les Ptolomées Rois d’E-gypte, qui avoient choisi Alexandrie pour Capitale de leur Ro-yaume, avoient eu sent de loin de la rendre illustre , qu’eílene cedoit qu’a Rome feule. Lorsque les Romains eurent éteintla domination de cés Princes cn la personne de Cléopâtre , &qu’ils fe furent rendus maîtres de f Egypte apres la défaite de’ AI arc Antoine, ils conservèrent cette ville dans ía lpíendeur. Laqualité de Citoyen d’Alexandrie leur étoit 11 chère, que les Em-pereurs en donnoient les lettres avec plus de précaution & deréserve, qu’ils n’en auraient apporté à donner la qualité de Ci-toyen Romain. Plusieurs de ces Empereurs ajoutèrent de nou-veaux ornemens à cette ville, & augmentèrent ses privilèges ;entr’autres Adrien & Antonin : niais Caracalla ne Ia traita pas stfavorablement. Le peuple d’Aléxahdric étoit railleur ; il a voitdélòbligeamment parlé de ce Prince, lequel s’en voulant ven-ger , sous prétexte de composer une phalange des jeunes hom-mes de cette ville, les fit assembler dans une plaine, où on lesmassacra de la manière qu’Hérodien le rapporte. Outre queles Alexandrins étoient railleurs , ils étoient encore voluptueux& fourbes. Quintilien & Ammien Marcellin nous Rassurent, enrapportant ce proverbe des Anciens, Dehcia Alexandrina, 11 sétoient auíli portés au changement &. à la révolte, & élifoienCsouvent des Empereurs pour ériger leur ville en Capitale dumonde. Dans ia fuite des tems Alexandrie se vit soumise aux■Sarrasins, Omar leur troisième Calife l’emporta, & peu à peuelle a perdu toute fa première splendeur. Les Turcs en font au*jonrd’hui les Maîtres, Selim la soumit en 1317. avec le reste def Egypte & les pays qui composoientl’Empire des Alummelus.

Quelques-uns y comptent trois ports ; mais il n’y en a qutídeux où les vaisseaux arrivent, le vieux port ne servant plus. Leport de Marsa, que les François nomment le Port-neuf , est celuioù abordent les gros vaisseaux chargés des marchandises les plusconsidérables, comme ceux de Venise , de Gènes, d’Elpagne,d’Angleterre & de France,. & meine de Grèce & de Turquie ;mais il en vient plus dTtalie que Tailleurs . L’autre port, nom-mé Marsa Circila , ou le Port de ia Chaîne , est à la droite dupremier;'& c’est-là où arrivent les vaisseaux de Tunis & detoute la Barbarie. Entre ces deux ports il y a un espace deterre <fenviron neuf cens pas, qui est fait comme un môle.Ce fut à la pointe de ce môle que ftolomée Philadelphe fit bâ-tir la tour uu fhare, au haut de laquelle U y avoit un fanal pour

éclairer la nuit cenx qui abordoient, parce que Rentrée des portsétoit fort difficile. Ce Phare fut d’abord bâti dans une Isle ,mais depuis il fut attaché au môle par une digue ou jettee d epierres & de terre, qui forme un q’uai : de force qu’une-partiedu canal a été comblée, & que fur Itì reite il y a un pont d epierre, soutenu par quelques arches. Les Turcs ont bâti deuxChâteaux aux deux côtés de Rentree d u Port-neuf, dont Run *?stà la pointe, où étdit la tour du Phare , &l’autrc de f autre cót e ;mais la ville est maintenant embarrassée de ruines, 6: mal peu-plée. ~ Elle futruinée après la délivrance de fiint Louis en fari-née 1230. & les François avec les Vénitiens la démantelèrent,&y. mirent le feu , voyant qu’ils ne ìa pouvoient garder. LeSoudan rebâtit les murailles , St les Turcs l’ont réparée depuis ;hiais elle n’est plus ce qu’elle étoit; & la malignité de fair quiy est corrompu par les exhalaisons & les vapeurs des citernesVoûtées, en a chassé la plupart des habitant. Quand ie Nil croît,l’eaii entre par Un aqueduc dans ia ville pus delíuus les murail-les. De cet aqueduc , que l’on ouvre le premier jour d’Aoûtavec de grandes réjouissances, on distribué l’eau dans les citer-nes deS particuliers, qui font si grandes, & en si grand nombre,qu’estes fournissent de seau pour toute f année. Les Marchandsde l’Europene laissent pas d’y trafiquer maigre Je mauvais air,parce qú’ils n’y demeurent pas long-tems ; & ii ne fe passe pres-que point d’ahnees queles frovençaux n’y eiivoyenc quatre-Viíigts ou cent bâtiment, qui y chargent des étoffes du Levant,des épiceries , des plumes d’autruches , des racines méde-cirtalés, des momies, & autres marchandises semblables.On y voit encore les milles du magnifique palais de Cléo-pâtre ; & hors de la ville on découvre la coiomne de Pom-pée , dont íe tust est haut de six toises, tout d’unc pièce, & d’ungranit admirable; c’est-à.dire, d’une pierre artificielle ^ que l’oncroît que les Anciens faifoient à Ia fonte & qui 11c fe polit point.On y remarque aussi le lieu du conclave, où l’on dit que lesseptante Interprètes firent la Version grecque de la Bible hébraï-que, chose que saint jéróme croît fabuleuse. Au milieu de laville il y a un Turbo 011 chapelle Mahométane, que les Tufcsappellent Skenderia \ & ils soutiennent qu’Aíéxandre te Grandy est enterré : ce qui y attire une affluence de pèlerins Turcs,La petite Eglise de sainte Catherine y est célèbre, parce qu’elleest bâtie au lieu où étoit la prison de cette Sainte : c’est unChrétien qui en a la clef, & qui Rouvre aux pèlerins. Près de-là est l’Eglise de saint Marc, possédée par des Cophtes , où l’onvoit le sepuichre de cet Evangéliste, dont les Vénitiens ont en-levé le corps, _ Les François y ont leur Fondego ou Logement,qui a été bâti par i’Ordre du Grand Seigneur, lequel mêmedonnoit tous les annaux Consuls François 2òo. écus pour R en-tretien dc cette maison ; mais cette pension ne fe paye plus. Aun bout dc la ville On montre un tour, où l’on dit que JacobAlmanibrRoi de Maroc , fit 1 e métier de Boulanger ; & l’on yaccourt encore de toutes parts par dévotion, parce que les Ma-hométans croyent qu’il y est enterre. Alexandrie est à quatrejournées du Caire ; & c-eit-là que venösem les riches marchan-dises des Indes & de i’Arabic Heureuse, que l’on debarquoitàAydeb fur la mer Rouge , & qu’on menoit ensuite fur des cha-meaux jufqu’au Caire, & de-la par le Nil à Alexandrie , oùlesMarchands abordoient de toutes parts, Mais csepuis que lesPortugais ont découvert le chemin des Indes par l’Océan , lecommerce y est fort diminué. La rade du port d’Alexandrie estbonne & sure ; mais sabord en est dangereux, à caulb de deuxglands écueils qui font à Rentrée, dont Run s’appelle Diamant ,& l’autre Girofele. Les murailles sont fortifiées de plus de lìx-vinges tours , dont chacune a quatre étages, & est li spacieuse,qu’elle peut contenir une centaine de soldats. Le toit des mai-sons n’eít pas en pente, mais en plate-forme; c’est pourquoi on ymange, & méme on y couche cn Eté. Pendand k régne duPaganisme, il y avoit deux Académies, le Serapeum , & Vlfcum ,qui portoient les noms du Dieu Sérapis & de la Déesse Ilis.Ftolomée Philadelphe y avoit fait amasser plus de cinq censmille volumes, pout former cette belle bibliothèque, qui est licélébré dans l’Histoire, & que ses successeurs augmentèrent en-core depuis, filais ce trésor inestimable de manulcri ts périt parle feu, pendant les guerres civiles de César & de Pompee . Cé-làr combattant contre les habitans d’AJéxandrie, fit mettre lefeu à leurs vaisseaux, qui lé prit à la bibliothèque, & la consumatoute entière. Ce Dictateur n’a point parlé dans son histoire dece malheur, dont il étoit la cause ; mais Piutarque , Dion &Tite-Live 11e l’ont pas oublié. Cléopâtre , Reine d’Egypte, dressaune autre bibliothèque dans le Serupeon , & obtint d’Antoine labibliothèque d’Attale Roi de Pergame , pour commencer la (sen-ne. Cette bibliothèque s’enrichit insensiblement, & dura jufqu’autems des Chrétiens, qui du règne de l’Einpereur Ihéodoíe, rui-nèrent le Temple de Sérapis , & brûlèrent la bibliothèque, dontles livres ne scrvoient qu’à autoriser Ja superstition. * Marmol,de P Afrique l, 2. Daper, description de P Afrique. Voyez aujfiTheVenot, voyage, p. /, lìv. i. eh. 2 Baudrand. ;

EGLISES ET CONCILES D’ALEXANDRIE,

Quoique toils les avantages & les privilèges dont joìiíssoíí Álé-xandrie, lui eussent acquis le nom de Ville par excellence, austì-bsen’ qu’à celle de Rome , néanmoins fa grandeur ecclésiastiqueétoit encore préférable à son éclat temporel. Saint Mure avoitfondé cette Eglise vers l’an 30. de Jéfus-Christ, en ia dixièmeannée de l’Empire de Claude, Le nombre des Chrétiens-s’ymultiplia dès-lors d’une manière prodigieuse : & Eufèbe remar-que que saint Marc fut obligé d’y établir plusieurs Eglises ; c’est-

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