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taie de Frartce. Les autres villes principales font 1 , Lyon , Tou-louse, Bourdeaux,Rouen, Poitiers, Tours, Orléans, Aix, Dijon ,Grenoble & les autres que nous marquons, en parlant de cha-que Province en particulier.
D V P A T S E 'T DES HABITANSde la France .
La France est située fous un climat fort tempéré, & n’est su-rette ni aux grands froids de l’Allemagne & de k Suede , mauxchaleurs extrêmes de l’Efpagne & de l’italie . Elle ne manquede rien des choses nécessaires à la vie ; car elle abonde en bleds,vins , huiles , chanvre, sel, safran, fruits, pâturages, bétail,volaille , gibier, & enfin de tout ce qui est utile ou neceslaireà l’homme. Strabon & Athénée font mention de les mines d or& d’argent, dont on trouve encore quelques veines , avec desmines de fer. Elle a ausii diverses eaux minérales , des sourcesde bitume , &c. On assure que l’Empereur Maximilien conh-dérant la fertilité & les avantages de la France , diíoit que s U Jefouvoit faire qu'il fût Dieu , Vasné de stsstls lui succéderait, frle second faoitRai de France . Les peuples sont industrieux, &réussissent cn tout ce qu’ils entreprennent. 11s font somptueux& délicats en leur manger & en leurs habits ; ils aiment les ar-mes , & donnent dans toutes les occasions des marques de leurbravoure. Toutes les nations avouent que les François ont uncertain caractère de civilité , dhonnetete & d air fibre , qu onne trouve point ailleurs , où l’on ne volt pour l’ordinaire rienque de contraint & d’affecté. Les sciences & les lettres y ontété heureusement cultivées , & fur tout fous le regne du RoiLoüis XIV . qui peut être comparé par le nombre des grandshommes qu’il a produits , à celui d’Auguste . En général le peu-ple de France est bon ; les petits y aiment les grands ,, considè-rent les gens de guerre & la Noblesse ; & honorent néanmoinsles Officiers de justice ; mais (Bailleurs on accuse les Franqoisde ne pouvoir supporter la fatigue , de se rebuter dans les cho-ses difficiles , de ne sqavoir pas se maintenir dans leurs conquê-tes , d’être quelquefois licentieux , trop vains, trop hardis ; &d’être inconstans , fur tout dans leurs habits. Charles-,à ce que quelques-uns racontent, avoit coûtume de dire , gueF Italien parois/ sage , fr Fest ,■ que P Espagnol le parois , fr nePest point ; fr que le Franfoú Pest , fans le paroistre. Diversétrangers avouent que les vertus morales des principales régionsde l'Europe se trouvent éminemment en quelques Provinces deFrance ; comme la franchise de l’Allemagne en Picardie ; la gé-nérosité de la Suède , en Champagne ; l’activité de la Pologne ,en Languedoc ; la prudence de l’italie , en Provence ; la gra-vité de l’Espagne , en Gascogne ; la fidélité de la Suisse , enDauphine ; la subtilité de la Grèce , en Normandie ; l’industriede la Flandre , en Bourgogne . La langue Franqoise est forméede la Grecque en partie , de la Romaine & de l’Allemande . Lelangage Romain a été long-tems reçu en France , & fur toutdans les Provinces au-de-là de la Loire ; & l’on donna le nomde roman au récit ou’on faisoit des exploits des anciens Cheva-liers. Les actes publics ont été même écrits en latin jusqu’en
que le Roi Franqois I. ordonna qu’on les drellàt en fran-qois. Cette langue est aujourd’hui exrêmement polie ; tous lespeuples de FEurope , & principalement ceux du Septentrion,l’aiment beaucoup , parce qu’elle est ennemie des équivoques,de l’affeétation, des termes obscurs , qu’elle est naturelle dansses expressions , & que son accent n’est ni trop grave ni tropdoux.
D V C E' N J £ DES FRANÇOIS.
On sqait que dans rétablissement de cette Monarchie , lesdeux nations des Francs & des Gaulois se mêlèrent tellementensemble , qUe ne faisant plus qu’un peuple , ils se communi-quèrent leurs bonnes & leurs mauvaises qualitez ; les Francs Ra-doucirent par le commerce des Gaulois ; & ceux-ci au contraireen devinrent plus ignorans & plus grossiers. De sorte que dèsle commencement du VL siècle, on ne voyoit plus régner enFrance la politesse , l’éloquence & l’érudition , que l’on avoitadmirées dans la Gaule . La langue latine , qu’on avoit parlécommunément dans le pais , dégénéra en langue romaine , c’est-à-dire , en latin corrompu. Ainsi il fallut que ceux qui vouloientse distinguer parmi les Scavans , étudiassent la langue latine,comme une langue étrangère. On négligea la lecture des anciensHistoriens, des Orateurs & des Boètes ; & ceux qui avoient quel-ques talens , ne les employoient qu’à la conversion des Païens& des hérétiques , & à ce qui regardoit directement la Religion.II ne paroissoit plus de Philosophes , de Mathématiciens , ni deMédecins célèbres. Les gens du siècle ne témoignant ni goût,ni inclination pour les belles Lettres , on vit en France un grandnombre de Prélats établir dans leurs palais des écoles publiques,pour tenir la place de tant d’illustres Académies ruinées par lesGoths & par les Bourguignons. Les Bénédictins ouvrirent auífileurs écoles aux Séculiers ; mais on n’y expliquoit que l’Ecriture-fainte , après avoir donné une legère connoissance de la languelatine , & avoir enseigné à lire le grec. Charlemagne reconnutbien que les ecoles des Evêques & des Religieux ne soffisoientpas pour rendre la France sçavante : c’elt pourquoi ayant entre-nris de rétablir l’étude des beaux arts & des sciences , il éta-bsit des écoles publiques pour les enseigner , & fonda l’Univer-site de Paris , qui est devenue la maîtresse de toute l’Europe ,V qU i'L- vr™ 1 . 6 la plûpart des grands hommes , qui ont parudans 1 Eglise latine. Ce Prince avec tout son zèle & toute son“V-P“ 1 Ypnlr à bout de faire reprendre aux EcrivainsFrançois la politesse des Grecs. & la délicatesse des Romains,que les Gaulois avoient conserves si long-tems parmi eux. Louis
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le Débonnaire & Charles le Chauve , »'appliquèrent pendant leurrègne à faire réussir le dessein de Charlemagne ; mais ils népurent empêcher que la barbarie & Ignorance ne corrompis-sent le siècle suivant , qui fut le X. siècle de l’Eglise. Néan-moins quelques Auteurs François firent paroitre dans leurs écrits,qu’ils avoient le bon sens en partage , qûoiqu’ils n’eussent pasle goût fin ; & l’on remarque dans leurs ouvrages , qui concer-nent la Religion , une grande onction. Depuis saint Bernard,& de son tems même , vers l’an 1130. les études commencè-rent à fe rétablir avec plus d’ardeur que jamais. Mais on fitsuccéder à la simplicité , & a Pair naturel des siècles précédents,une passion singulière pour les fubtilitez , & un esprit de chi-cane , qui a paru -principalement dans la Dialectique , & dansla Métaphysique péripatéticienne. II y a grande apparence queles Ecrivains François avoient contracté ce vice des Arabes , parla communication avec les Espagnols . Enfin , depuis environdeux cens ans , on a vû refleurir les sciences & les belles Let-tres en France ; & l’on peut dire que les Sçavans qui y ont pa-ru depuis le règne de Louis Xll. ont été beaucoup plus loin queles Gaulois qui vivoient du tems des Grecs ou des Romains.
Dans le XVI. siècle , les François s’appliquoient particulière-ment à la lecture des Docteurs , à l’étude des Langues , auxHumanitez & à la Philosophie ; dans le suivant on tâcha de join-dre la politesse avec l’érudition; de faire le discernement desesprits , auíli-bien que des choses ; & de perfectionner les arts& les sciences , fans fe borner à ce que les Anciens ont inven-té. 11 n’est pas difficile de désabuser ceux qui s’imaginent queles François se contentent d’effleurer les sciences fans les ap-profondir , de n’en avoir qu’une teinture legère, & de n’enprendre que l’écorce superficielle ; car à l’égard de la Grammai-re , les autres nations peuvent trouver parmi eux des Ecrivainscapables de tenir tête en Hébreu à Gcnebrard , à Cinq - Arbres,à Dacquin & à Messieurs de la Boderie ; mais ilsâront de lapeine à en trouver qui égalent Vatable ou plûWt Ouatteblé,Mercerus ou le Mercier , Capel, Bochard & quelques autres,que l’on peut voir dans l’Auteur de la France orientale. Pourle Grec , ils pourront présenter les plus habiles de leur nation,contre Toussains , Lambin, Dorât, Goulu , &c. mais il ne leurfera pas aisé de faire le même contre Budé , Henri - Etienne,Danès , Turnèbe, Chrétien, Casaubon , M. Valois, M. Boivin,& D. Bernard de Montftucon. Quant à la langue latine, Patserat, Du Cange & un grand nombre d’autres , ont soit assezconnoitre qu’ils la possédoient parfaitement. Si l’on considèreles traductions françoises , on remarquera aisément qu’il ne setrouve presque plus de livres en grec ou en latin , tant soit peuconsidérables , qui n’ayent été traduits en François ; & qu’il ya plusieurs de ces versions, qui égalent ou qui surpassent mêmeles originaux les plus parfaits de l’Antiquité. La France a pro-duits aussi d’excellens Philologues , & de judicieux Critiques ;comme Pelissier , les deux Scaligers , Turnèbe , Muret , Sau-maise , & quantité d’autres du prémier ordre. La nation fran-çoife fournit encore des Poètes latins , qui ne cèdent en rienaux étrangers ; & pour ce qui est des Poètes François , on con-noit assez qu’ils ont le génie , Fart & l’érudition nécessairespour le poème héroïque ; mais qu’ils excellent fur tout dans legenre dramatique. Le théâtre François s'est élevé si haut depuisenviron Pan 1640. qu’il semble même surpasser celui des Romains,pour atteindre à la gloire de celui des Grecs. A l’égard de l’Elo-quence, on ne doute pas que, soit dans les écoles, soit dans le bar-reau, ou dans la chaire, il n’y ait eu en France depuis deux sièclesd’excellens Orateurs, dont la réputation s’est étenduè bien loin. M.le Maître & M. Patru se sont signalez par leurs plaidoyers, & quan-tité de grands hommes par leurs prédications. Dans un grandnombre d’Historiens François, on en trouve plusieurs qui peu-vent être légitimement compare! non-seulement aux plus illu-stres d’entre les Modernes de l'Italie, de l’Espagne , de l’Angle-terre & de l’Allemagne , mais encore à ceux qui tiennent lepremier rang parmi les Grecs & les Romains. Philippe de Co-nfines n’est inférieur ni à Tacite, ni à Polibe , ni à Thucydide ;& M. le Président de Thon n’a point d’égal chez les étrangers.On avoit ignoré dans le monde la science de la véritable Chro-nologie , jusqu’au tems de Scaliger le fils , & du Père Petau .M. Sanson a non - seulement égalé , mais a même surpassé tousles Géographes qui Pont précédé , au jugement des Hollandois ;& depuis lui , la France a produit d’autres excellons Géogra-phes , qui travaillent à augmenter la gloire que Sanson a acquiseà sa patrie , entre lesquels M. de l’isle paroît Bavoir encore sur-passé. Les Philosophes François ont enfin remporté l’avantagefur tous les étrangers. Gassendi , qui n’a voulu passer que pourrestaurateur de la Philosophie d’Epicure & de Démocrite, est re-gardé avec raison par ses disciples comme un homme qui a eubien d’autres lumières qu'eux. Defcartes , appellé par excellen-ce le Fils de la Nature , est considéré par quantité de bons espritspour le Maître de k véritable Philosophie. Les Mathématiquesn’ont pas été traitées en France avec moins de succès ; & l’ony voit dans ce siècle bon nombre d’illustres Mathématiciens,qui ont été bien au-de-là des Anciens par leurs nouvelles expé-riences. Fernel a été considéré comme le Prince des Médecinsmodernes , de même que G allen l'étoit de ceux du m®yen âge,& Hippocrate des Anciens. Ce sont les Italiens, qui ont soit re-vivre la Jurisprudence romaine en Occident ; mais les Françoisy ont eu une bonne part ; comme Pierre de Belleperche ; JeanFavre , ou le Fêvre ; & quelques autres ; & nôtre nation peutlégitimement s’attribuër la gloire d’avoir purifié cette science parle secours des belles Lettres ; car personne ne doute , que cene soit à Budé , que k Jurisprudence a cette obligation. Si lesétrangers ont des Jurisconsultes qui ont égalé les Rebusse , Cor-