64
LETTERS TO AND FROM
par toute l’Europe,les racines de ce gouvernement queCharlemagne écablit dans les Pays Bas, la France l’Ita-lie, la Suiiïe, & l’Allemagne . Quelques événémens,les dégrés, & les temps où les arrière-fiefs fe formèrentdes fiefs, où le clergé acquit des terres feigneuriales,où les villes achetèrent leurs affranchiffemens, y ap-portèrent de légères différences. Mais le fond decette conftitution efl demeuré dans toutes les révolu-tions, & rien de plus libre que ce fond. Ces états,leurs membres, & leurs droits fe confervèrent tou-jours, & partout ils étoient les mêmes.
Je vous entends, mon ami, qui m’interrompez. Jevous ai écouté, me dites vous, avec patience : maisque voulez vous conclure de ce tableau de notregouvernement ? Bien ou mal conflruit, nous n’enreffentcns que des effets falutaires, & vos confeils,vos états, auroientde la peine à nous dégoûter de nosmagiftrats anciens , pour nous faire effayer desnouveautés.
Arrêtez, Monfieur; je vous ai parlé en hommelibre, & vous me répondez dans le langage de la fervi-tude. Arrêtez. En convenant pour un moment devotre bonheur, de qui le tenez vous ? de la conftitu-flitution ? Vous n’ofez pas le dire. C’eft donc duprince ? Les Romains en dévoient un plus grand àTitus. Ils étoient cependant de vils efclaves. Brutusvous auroit appris que, dans un état defpotique, leprince peut quelquefois vouloir le bien : mais quedans les états libres, il ne peut que le vouloir. Lafélicité aéluelle du citoyen & de l’efclave, efl fouventégale, mais celle du dernier efl précaire, puifqu’elleefl fondée fur les pafïions des hommes, pendant que
celle