ii8 Histoire de Charles. XII.
ses deux mille soldats qui étoient retranchésprès d’un petit port à trois lieues de l’endroitoù l’ennemi avoit abordé. II se met à leurtête & marche au milieu de la nuit dans nnsilence profond. Le prince d’Anhalt avoitdéja retranché ses troupes par une précautionqui sembloit inutile. Les officiers qui com-mandoient fous lui, ne s’attendoient pas d’êtreattaqués la nuit même, & croioient CharlesXII. à Stralsund ; mais le prince d’Anhaltqui sçavoit dequoi Charles étoit capable, avoitfait creuser un fossé profond, bordé de che-vaux de frise, & prenoit toutes ses sûretés,comme s’ií'eût eu une armée supérieure ennombre à combatte.
A deux heures du matin Charles arrive auxennemis fans faire le moindre bruit. Sessoldats sedifoient les uns aux autres, arrachezles chevaux de frise. Ces paroles furent enten-dues des sentinelles : l’allarme est donnéeausti-tôt dans le camp : les ennemis se met-tent sous les armes : le Roi aïant ôté les che-vaux de frise, vit devant lui un large fossé :Ah ! dit-il, efl-il possible! je ne ra y attendoispas. Cette surprise ne le découragea point :il ne sçavoit pas combien de troupes croientdébarquées; ses ennemis ignoróient de leurcôté à quel petit nombre ils avoient affaire.L’obscurité de la nuit sembloit favorable àCharles: il prend son parti sur le champ; ilse jette dans le fossé accompagné des plushardis, & suivi en un instant dc tout le reste.Les chevaux de frise arrachés, la terre ébou-lée, les troncs & les branches d’arbre qu’onput trouver, les soldats tués par les coups demousquet tirés au hazard servirent de fas-cines. Le Roi, les généraux qu’il avoit aveclui, les officiers & Ls soldats les plus intrè-