ROI DE SUEDE. LlV. VIII. 139
pria le duc d’Ormond de s’en retourner pourne pas donner de trop violens ombrages àl’Angleterre, avec laquelle le Czar ne vou-loir rompre que fur le point de l’invafion : onretint seulement à Pétersbourg Irnégan le con-fident du duc d’Ormond, qui fut chargé desintrigues, & qui logea dans la ville avec tantde précaution qu'il ne sortoit que de nuit, &ne voioit jamais les ministres du Czar, quedéguisé tantôt en païfan, tantôt en Tartare.
Dès que le duc d’Ormond fut parti, leCzar fit valoir au roi d’Angleterre fa com-plaisance d’avoir renvoïé le plus grand parti-san du Prétendant: & le baron deGoertspleind’efpérance retourna en Suede.
II retrouva son Maître à la tête de trente-cinq mille hommes de troupes réglées, & lescôtes bordées de milices. Il ne manquoit auRoi que de l’argent ; le crédit étoit épuisé endedans & en dehors du roïaume La Francequi lui avoit fourni quelques subsides dans lesdernieres années de Louis XIV. n’endonnoitplus fous la régence du duc d’Orleans, quise conduisoit par des vues toutes contraires.L’Efpagne en promettoit, mais n’étoit pasencore en état d’en fournir beaucoup. Lebaron de Goerts donna alors une libre éten-due à un projet qu’il avoit déja essaie avantd’aller en France & en Hollande. C’étoitdedonner au cuivre la même valeur qu’à l’argent,de forte qu’une piece de cuivre dont la valeurintrinsèque est un demi sol, paslòit pour trentepu quarante, avec la marque du Prince ; à peuprès comme dans une ville assiégée les Gou-verneurs ont souvent païé les soldats & lesbourgeois avec de la monnoie de cuir, en at-tendant qu’on pût avoir des efpeces réelles.Ces monnoies fictives inventées par la néces-sité,