ROI DE SUEDE. LlV. VIII. I47
loin au-delà du vrai-semblable. C’est peut-étrele seul de tous les hommes, & jusqu’ici le seul detous les Rois qui ait vécu fans foiblesse. II aporté toutes les vertus des Héros à un excès oùelles deviennent défauts, & où elles font aussidangereuses que les vices opofés. Sa fermeté de-venue opiniâtreté, fit ses malheurs dans l’Ukrai-ne, & le retint cinq ans en Turquie: fa libérali-té dégénérant en profusion a ruiné la Suede :son courage poussé jufqu’à la témérité a causéfa mort : fa justice à été quelquefois jufqu’àla cruauté, & dans ses dernieres années le main-tien de son autorité aprochoit de la tirannie.Ses grandes qualités, dont une feule eût pûimmortaliser un autre Prince, ont fait le mal-heur de son pais. II n’attaqua jamais personne,mais il ne fut pas aussi prudent qu’implacabledans ses vangeances. Il a été le premier quiait eu l’ambitiond’être Conquérant, fans avoirl’envie d’agrandir ses Etats ; il vouloit gagnerdes Empires pour les donner. Sa passion pourla gloire, pour la guerre, & pour la vengeancel’empêchérent d’étre bon politique, qualité fanslaquelle on n’a jamais vû de Conquérant. A-vant la bataille il avoît une extrême confiance,après la victoire il n’avoit que de la modestie,après la défaite que de la fermeté ; dur pour lesautres comme pour lui-même, comptant pourrien la peine & la vie de ses íùjets auffi-bienque la sienne; homme unique plûtôt que grandhomme, & admirable plûtôt' qu’à imiter : Savie doit aprendre aux Rois combien un gou-vernement pacifique & heureux est au-dessusde tant de gloire.
Charles XII. étoit d’une taille avantageuse& noble, il avoit un très-beau front, de grandsyeux bleus remplis de douceur, un ner bienformé, mais le bas du visage désagréable, &K 2 trop