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qu’elles avaient dû être, comme elles avaient été peut-êtreen effet, jamais au contraire de ce que je me rappelais qu’ellesavaient été. Je prêtais quelquefois à la vérité des charmesétrangers, mais jamais je n’ai mis le mensonge à la place pourpallier des vices ou pour m’arroger des vertus. »
Ce passage de Rousseau nous est souvent revenu à lamémoire pendant nos recherches et facilite aujourd’hui latâche que nous nous sommes imposée. Ce que Jean-Jacquesa dit de son séjour à Venise se trouve en partie confirmépar une pièce diplomatique que M. de Bourqueney doitavoir découverte dans les archives du consulat de France àConstantinople, pièce écrite tout entière de la main de Rous-seau et dont M. Saint-Marc Girardin aurait fait connaîtrela teneur et la portée dans un article publié, il y a quelquesannées, dans le Journal des Débats , mais qu’il ne m’a pasété possible de me procurer. Je n’ai point trouvé à Venisede document aussi intéressant, toutefois je me hâte de direque les papiers d’Etat des archives de Venise confirment laplus grande partie des assertions de Rousseau. Le docu-ment, en particulier, que j’ai découvert et qui fixe la date deson départ relate des faits qui concordent avec ceux racon-tés dans les Confessions. Rousseau nous dit qu’après avoirquitté M. de Montaigu et rompu tous rapports avec lui, ilséjourna encore quelque temps à Venise chez le chancelierdu consulat de France. R nous dit que l’ambassadeur «perdittout à fait la tête et se comporta comme un forcené. R s’ou-blia jusqu’à présenter un mémoire au sénat pour me fairearrêter. » La pièce que j’ai citée prouve, en effet, qu’un mé-moire de ce genre a été présenté. Cette pièce dit aussi que leconsul Le Blond fournit de l’argent pour son voyage à Rous-seau, et dans les Confessions nous voyons que ce dernier em-prunte au consul une vingtaine de sequins avant son départ.