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ce qui en effet était plus de son métier que du mien. Il ne voulutjamais consentir, ne dit pas un seul mot, et voulut à peine signerle verbal après moi. Cette démarche un peu hardie eut cepen-dant un heureux succès, et le vaisseau fut délivré longtempsavant la réponse du ministre. »
Si l’on compare ce récit avec la forme du procès-verbal, ilest permis de mettre en doute que ce document ait été rédigépar Rousseau lui-même. C’est l’ahhé qui parle tout le tempscomme s’il avait procédé à l’interrogatoire. Rousseau, au con-traire, prétend avoir interrogé lui-même les gens de l’équipage.L’aurait-il fait au nom de l’abbé, par bonté d’âme et pour lui enattribuer tout l’honneur? Nous voyons, au contraire, que Rous-seau se vante de son habileté dans cette occasion et il est peuprobable qu’il eût voulu s’effacer pour faire valoir le chancelierdu consulat.
Puis Rousseau nous dit qu’il signa le procès-verbal et quePatizel voulut à peine le signer après lui. Or, dans la copie duprocès-verbal trouvée par M. Ceresole au consulat de France,la signature de Rousseau n’est ni reproduite, ni mentionnée.
A cela il est permis d’objecter que Rousseau, craignant de secompromettre par sa démarche un peu hardie , n’a peut-être voulumettre en cause, lorsqu’il commença sa rédaction, que l’abbéPatizel. Sa rédaction achevée, il a pu se dire que sa signature(s’il s’est réellement décidé à la mettre au bas du procès-verbalpour engager l’abbé à signer) se trouverait couverte par celle duchancelier, qui était censé avoir fait l’interrogatoire.
La démarche ayant réussi, on comprendrait que Rousseaun’ait pas craint plus tard de s’en déclarer le véritable pro-moteur.
Quelques pages plus loin, il nous dit : « Il (M. de Montaigu)employait ordinairement l’abbé de Binis pour écrire dans soncabinet ses lettres particulières : il se servit de lui pour écrire àM. de Maurepas une relation de l’affaire du capitaine Olivet,dans laquelle, loin de lui faire aucune mention de moi, qui seulm’en étais mêlé, il m’ôtait même l’honneur du procès-verbal,
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