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laissé à bord son capitaine en second, ce qui étoit le même àcet égard que s’il y fût resté luy-même ; qu’il n’avoit pu pré-voir que de telles violences se passeroient sous les yeux d’uncorps de garde de la République et que, du reste, il ne vovoitpas que, s’il se fût trouvé à son bord, comment il auroit puagir différemment que n’avoit fait son équipage et surtoutson capitaine en second, dont la modération est une qualitéqui luy est propre.
Toutes les susdites dépositions ayant esté ensuitte lues res-pectivement à ceux qui les ont faites, ils les ont confirmé etdéclaré qu’elles contiennent pleine et entière vérité, et laplupart d’entre eux n’ayant pû les signer pour estre en qua-rantaine, ont promis de le faire et de les certifier de nouveautoutes les fois qu’ils en seront requis.
Fait à Poveggia, le 14 juillet 1744.
(Signé à l’original) Jean-Charles Batizel, faisant lesfonctions de chancelier du consulat de France.
Toutes les pages sont paraphées au bas L. B., c’est-à-direLe Blond.
Rousseau raconte ainsi que suit comment le procès-verbal futrédigé :
« .Je me rendis au vaisseau pour interroger l’équipage. Je
pris avec moi l’abbé Patizel, chancelier du consulat, qui ne vintqu’à contre-cœur, tant tous ces pauvres gens craignaient dedéplaire au Sénat. Ne pouvant monter à bord à cause de la dé-fense, je restai dans ma gondole, et j’y dressai mon procès-verbalinterrogeant à haute voix et successivement tous les gens del’équipage, et dirigeant mes questions de manière à tirer desréponses qui leur fussent avantageuses. Je voulus engagerPatizel à faire les interrogations et le procès-verbal lui-même,