Sur çes entrefaites, Charmont annonce, le 14 juillet 1704, enaudience publique la naissance du premier fils du duc de Bour-gogne.
Le 16 août 1704. Tiepolo, s’autorisant de cet acte de cour-toisie, demanda une audience privée du lloi. Toursi consentit àla lui faire accorder, parce que dans sa demande d’audiencel’ambassadeur parlait do regrets à propos du passé, et ajoutaitque l’otfieier qui avait arrêté une livrée de l’ambassadeur àVenise avait été puni. Mais Toursi ne voulut pas que, danscette occasion, il fût question del argomento dei varij (fran-chise des quartiers). L’audience eut lieu sous ces conditions etle Roi témoigna de toute son amitié pour Venise.— Grimani ob-serve avec beaucoup de justesse que c osifu ridotta a termine lavertenza, tacendo il piu forte motivo die l’aveva prodotto, mais ilobserve aussi qu’à cette époque Venise avait (dans le Levant)de plus graves préoccupations qui la forçaient à passer légère-ment sur celle-là.
L’abbé de Pomponne succéda, en 1705, à Charmont. Poin-
survenait un cas donnant une entorse au principe, les magistrats vénitienscédaient sur les faits. Ils s’inclinaient devant les réclamations des Cours étran-gères et se montraient vis-à-vis d’elles d’une condescendance servile.
On verra plus loin qu’un officier, qui avait arrêté, probablement pour defort bonnes raisons, une livrée de l'ambassadeur, fut mis aux arrêts. La Répu-blique, déjà sur son déclin, commençait la série des lâchetés qui firent ou-blier son glorieux passé et qui amenèrent sa chute définitive vers la fin du siècle.Cette arrestation d’un officier qui n'était pas en faute, dans le but de com-plaire à la Cour de France, nous rappelle celle de Dominique Pizzamano,commandant du fort de St-André au Lido, en 1797. Cet officier avait exécuté saconsigne en tirant sur le brick il Liberatore d’Italia, commandé par le corsairefrançais Laugier, qui voulait forcer la passe du Lido. Ce fut cet événementqui amena la déclaration de guerre de Bonaparte contre Venise. On crutcalmer ce dernier en arrêtant un brave officier qui avait fait son devoir. MaisBonaparte n’avait pas besoin d’être calmé, il cherchait un prétexte pours’emparer de Venise. Quelques historiens prétendent qu’il créa lui-même leprétexte en ordonnant à Laugier d’entrer coûte que coûte à Venise. Le faitn’a jamais été prouvé; mais, en tout cas, Bonaparte tenait le prétexte désiréet, malgré la lettre furieuse qu’il écrivit à cette occasion (voir cette lettre dansl'Histoire de Venise de Daru), il devait être content. L’arrestation de Pizzamanone fut qu'une lâcheté inutile ajoutée à beaucoup d’autres.