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bassadeur vénitien à Paris (Lorenzo Tiepolo, plus tard Procura-teur) annonça quelques jours après à la Seigneurie de Veniseque M. de Toursi 1 voulait garder les privilèges, suspectant quel’ambassadeur de la Cour de Vienne continuait à en jouir.
Là-dessus des sbires furent insultés par les domestiques del’ambassadeur de France, et ce dernier prit le parti de ne plusassister aux fonctions publiques. Par contre, la Seigneurie eutla faiblesse 2 de mettre eu liberté, sur une demande de satisfac-tion faite par Toursi, un domestique (une livrée) de l’ambassa-deur, arrêté comme coupable des insultes faites aux sbires. Ce-pendant, sur de nouvelles protestations de Toursi, le Sénatrépondit que les franchises de quartiers ( varlj ) sont des licencesabusives etç. etc.
Mais le ministre Toursi nie aussitôt que le Roi ait jamaisconsenti à l’abolition de franchises semblables.
On en vint, à Paris, à refuser dans cette circonstance à l’am-bassadeur de Venise les audiences privées du Roi (6 mars 1704).
Toursi demanda que l’ambassadeur vénitien témoignât auRoi ses regrets de ce qui s’était passé à Venise, que Charmontpût provisoirement user du droit de Liste comme il l’entendaitet que, dans ce cas, l’on pourrait donner au successeur deCharmont d’autres instructions à l’égard de l’exercice des fran-chises de la Liste. La Seigneurie accorda à son ambassadeur àParis le pouvoir d’user des expressions exigées (spendere l'acce-nate espressioni) de regrets, mais lui donna ordre de ne pastransiger en principe sur la question des franchises.
1 Le personnage que le mémoire nomme Toursi (les actes officiels vénitiensne se piquent pas d’orthographier correctement les noms propres) est Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, né en 1665, mort en 1746, neveu du graudColbert. Il fut ministre et secrétaire d’Etat des affaires étrangères et membredu Conseil de régence de Louis XV.
2 C’est M. Ceresole qui introduit ici, dans son résumé, le mot de « faiblesse ».Le Sage de terre ferme Grimant ne se serait pas permis une expression pareilleà l’adresse du Gouvernement de Venise.
En tous cas, il ressort de ce qu’on vient de lire que ce gouvernement n’épar-gnait ni paroles, ni mémoires écrits pour maintenir en principe, contre lesempiétements des ambassadeurs, ses droits de souveraineté. Mais, quand