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FRANCE ET RUSSIE
si exact et si zélé... Sans doute que le général Grimot l’aura retenu.A propos du général, fit Georget, on m’en a conté encore une bien bonne.
— Raconte, dit Daniel
*— C’était pendant qu’il commandait dans l’Est, à Toul, je crois. La con-signe du factionnaire qui se trouvait sur le pont était de ne laisser passerles voitures qu’au pas. Le général arrive tout à coup, puis se met à couriren criant : « Je suis une voiture! je suis une voiture! » La sentinelle, trou-blée, lui présente les armes et reste muette. « Eh bien, quoi? lui dit legénéral, tu ne dis rien?... Quelle est donc ta consigne? » Le factionnaire,
tout interloqué, répondtimidement : « Défense delaisser courir les voitu-res... » Le général devientpourpre : « C'est bien, fait-il. D’abord, Lu auras deuxjours de salle de policepour avoir répété ta consi-gne en l’absence du caporalde pose... et deux jours enplus pour ne pas m’avoirarrêté, puisque je couraiset que je te disais : « Jesuis une voiture... »
— Quel maboule!
— Mais non, c’est unbraque. Des qualités soli-des, au fond. A la guerre,
Jli
j’aurais pleine confiance en lui.
Le capitaine Renaud, qui chevauchait à quelques pas en avant, seretourna vers ses officiers et dit :
Vous parlez de Grimot? Mon Dieu, que j’en ai entendu raconter surson compte! C est lui qui infligeait huit jours de salle de police à un fac-tionnaire parce qu il lui rendait les honneurs pendant qu’il s’épanchait tran-quillement contre sa guérite. C’est lui encore qui, arrivant inopinément,infligeait quatre jours d’arrêt à un officier pour avoir, à l’exercice, le malin
en se promenant, regardé la pointe de ses souliers au lieu d’examier seshommes.
Les anecdotes pleuvaient sur le général Grimot. Chacun racontait lasienne.