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FRANGE ET RUSSIE
— A vos rangs !... Fixe!
Le commandant, très pâle, entra, salua; puis, sans dire un mot, fit signeau capitaine de le suivre dans le bureau où. il avait l’habitude de faire îerapport de la place, comme commandant d’armes, et celui du bataillon.
— Les Italiens viennent de franchir la frontière suisse. A celle heure,ils marchent vers la Haute-Savoie. Dans huit heures, si nous les laissonsfaire, ils nous auront cernés! Voilà ce que j’avais à vous dire, capitaineBerlin, dit tout d’une traite le commandant Schérer, d’une voix calme enregardant son officier dans les yeux.
Le capitaine reçut la foudroyante nouvelle en pleine poitrine et faillittomber à la renverse... Mais, en quelques secondes, il reprit tout sonaplomb; il ferma avec difficulté ses lèvres, crispées par l’émotion; puis,complètement remis, il dit, comme s’il s’agissait de la nouvelle la plusordinaire :
— Bien, mon commandant. Quels sont vos ordres?... Le généralGrimot est-il prévenu?
— Vous allez le mettre immédiatement au courant de la situation. Vouslui direz ensuite que, dans une demi-heure, le bataillon, que je viens defaire rappeler, sera à la gare. Allez, je vous attends ici.
Le général Grimot, suivi du capitaine Berlin, qui était allé le prévenir,tomba comme une bombe dans la salle du rapport, où le commandant Sché-rer, fiévreusement, faisait les cent pas.
Après un rapide salut à peine esquissé le général demanda :
— Votre bataillon se rend à la gare? Bien. Capitaine, écrivez... D'em-barquement aura lieu à sept heures avec les vivres et les munitions. Commeil sera impossible en une heure de former un train complet, quatre compa-gnies partiront d’abord avec les six pièces de montagne. Le reste partira parle train suivant... On se dirigera sur Annemasse. Que la voie soit librepartout... Maintenant, messieurs, on prendra les ordres chez moi.
Pendant que le général Grimot parlait, le capitaine Bertin avait prisdes notes. Maintenant, il rédigeait des ordres : un pour le chef de gare,l’invitant à préparer un train de quarante voitures; un autre pour le com-mandant de la batterie de montagne, etc.
Le lieutenant Perrin arriva bientôt et informa son commandant qu’ilavait rejoint le bataillon à 5 kilomètres de la ville, qu’il avait fait faceen arrière et que la colonne se dirigeait sur la gare.
Les deux officiers allèrent ensuite chezle général et lui rendirent comptede l’exécution de ses ordres.
Le temps s’était écoulé rapidement et il était déjà six heures.