FRANGE ET RUSSIE
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Quand le commandant Schérer et le lieutenant Perrin pénétrèrent dansla salle de travail du général, celui-ci rédigeait des dépêches.
— J’ai déjà prévenu l’état-major général du 14 e corps, à Lyon, leurdit-il, le général commandant la 28 e division à Chambéry et le commandantd’armes d’Albertville. Mais je voudrais réitérer mes avis, de peur qu’ilsn’aient pas été transmis d’urgence.
— Mon général, dit le lieutenant, justement, en rentrant en ville, j'airencontré M. Pierson et je l’ai prié de venir se mettre à votre disposition.M. Pierson est officier télégraphiste dans la territoriale et employé au bureaud’Annecy.
— Bien. Priez-le de télégraphier à nouveau les dépêches dont voici lesduplicatas. Et surtout recommandcz-lui la plus grande discrétion.
La première dépêche était ainsi conçue :
« Général commandant brigade d’Annecy a générai Berge, Lyon.
(Urgente).
« Suisse envahie par le col Saint-Bernard. Les Italiens marchent sur lepont de Martigny. Source sûre.
« Grimot. »
Mais les premières dépêches du général étaient parvenues à temps auquartier général, car, vingt minutes après, arrivait le télégramme suivant :
« Général Berge a général Grimot.
« Partez immédiatement avec alpins pour frontière. Recevrez instructionsen passant à Annemasse.
« Baron Berge. >,
Aussitôt le général Grimot, s’adressant au commandant Schérer, lui dit :
— Commandant, vous allez réunir le bataillon derrière le dépôt desmachines. Vous formerez les quatre compagnies en carré. Au centrevous placerez le fanion avec une garde d’honneur, comme s’il s’agissaitdu drapeau. La fanfare se placera derrière. Yous placerez des sentinellesà une certaine distance, pour que personne n’approche. Allez, je vous suis.
Quelques minutes après, les troupes avaient pris les positions prescriteset portaient les armes à l’arrivée du général, pendant que les claironssonnaient le rappel.
Le général se plaça devant le fanion tricolore que présentait un fourrier,puis, d’une voix forte, il s’exprima ainsi :