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FRANCE ET RUSSIE
en face d’eux l'armée suisse d’abord, puis, derrière, accourant à sonsecours, les têtes de colonnes françaises.
Us ont donc agi par ruse, la surprise leur permettant de pouvoirfranchir sans obstacles les défilés les plus difficiles et d’occuper des posi-tions importantes, telles que le défilé de Saint-Maurice, défendu par deuxvieux fortins construits il y a un cinquantaine d’années (de 1830 à 1847),peu susceptibles d’offrir une sérieuse résistance, criblés qu’ils seraientbientôt par les obus chargés des nouveaux explosifs.
D’autres fortifications s’élèvent sur le territoire suisse ; de plus, lesouvrages d’art situés sur le parcours des chemins de fer helvétiques,viaducs, ponts, tunnels, etc., ont été disposés de manière à recevoir descharges de matières explosibles et à pouvoir être détruits en un clin d’œil.
— Pardon, mon général dit un officier, mais il est un point important :allons-nous défendre notre frontière ou prendre l’offensive contre lesItaliens en Suisse?
>— Cela dépendra des ordres que je recevrai en passant à Annemasse.Si nous allons à la rencontre des Italiens, j’espère que nous pourrons lesdevancer à Saint-Maurice, en territoire helvétique.
L’attitude de la Suisse, qui peut prévoir ce qu’elle sera, surtout sil’Autriche entre également en campagne? Enveloppé sur trois fronts, aunord, à l’est et au sud, que pourra faire ce petit pays envahi pard’innombrables soldats?
Prendre parti d’une façon active, n’est-ce pas faire acte de belligérantet, par suite, s’exposer, en cas d’événements défavorables, à voir dispa-raître la nationalité helvétique ?
Les Suisses protesteront, rassembleront leurs troupes et attendrontles événements, voilà ce que se disent les Allemands, les Italiens et lesAutrichiens ; et, plus tard, après la victoire, ils seront obligés de serésigner, sous peine de se voir arracher quelques cantons réclamés parleschauvins allemands elles irrédentistes italiens.
Mais, heureusement, tout ne dépend pas seulement du bon vouloirde la Suisse.
L’entrée en scène de la Russie modifiera bien des plans.
(La suite de ce récit, en relatant les péripéties de la lutte gigantesquequi s’engeageait, indiquera l’attitude de ce dernier pays, grand par sesdimensions géographiques, grand aussi par le cœur et le courage de seshabitants, attitude qui devait avoir une influence décisive sur l’issue de lacampagne).
Je vous ai dit, continua lo général, qu’il est d’une importance exception-