FRANCE ET RUSSIE
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nelle de savoir tout d’abord la conduite que tiendra la Suisse, car,par suite des traités de 1813, la Savoie, comprenant le Chablais et leFaucigny, est un territoire neutre ; cette neutralisation a subsisté aprèsla cession de la Savoie à la France en 1860, cession faite, on se le rappelle,avec l’assentiment des populations librement consultées.
Aux termes du traité de 1813, la France ne peut construire aucunouvrage de fortification dans cette région et les Suisses ont le droit de l'oc-cuper, en cas de guerre entre l’Italie et nous.
Cette partie de la Savoie est donc intimement liée au sort de la Suisse,
Nous savions évidemment que les Italiens ne respecteraient pas plus laneutralité suisse que la neutralité de la Savoie, le jour où leurs intérêts leurcommanderaient l’envahissement de ces pays.
Malgré cela, respectueuse des traités, la France n’a élevé aucunouvrage dans la Haute-Savoie, au nord de la ligne partant du lac duBourget et allant jusqu’au col du Bonhomme, dans les Grandes Alpes, enpassant par Faverges et Ugine, ligne de démarcation qui fixe, au nord,toute la partie neutralisée, c’est-à-dire tout le département de la Haute-Savoie...
A ce moment le planton annonça le lieutenant Perrin.
— Mon général, dit ce dernier, je crois devoir vous avertir que, enrentrant chez moi faire mes préparatifs, j’ai trouvé dans le colombier unnouveau messager, m’apportant la confirmation de la nouvelle. D’aprèsmes renseignements les Italiens sont en vue de Martigny.
— Je vous remercie, lieutenant. Je vous disais, messieurs, que leproblème se présentait ainsi aux Italiens :
Ou respecter les traités, la neutralité suisse et celle de la Savoie, etchercher à envahir le territoire frauçais en forçant les passages des Alpes,sur lesquels notre conseil de défense a élevé des ouvrages sérieux, c’est-à-dire se lancer dans une entreprise longue, difficile et périlleuse, risquermême de s’éterniser dans une guerre de montagnes, et n’obtenir aucunrésultat immédiat.
Ou bien fouler aux pieds les traités, agir par surprise, s’emparer despassages de la Suisse et, par ce moyen, porter en quelques jours à notrefrontière une armée de deux cent mille hommes au moins, envahir laHaute-Savoie et la Suisse par la vallée du Rhône, et de là pénétrer aucœur de notre pays.
Comme nous l’avons vu, c’est à ce dernier parti que s’est arrêtél’état-major italien, suivant en cela le plan de Moltke. La rapidité aveclaquelle le mouvement a été exécuté, le mystère qui a entouré cette