LA FRANCE ET LA RUSSIE
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simplement parce que la défense, aujourd’hui, est plus forte que l’attaque,même multipliée par dix.
Au milieu du combat, on distinguait très nettement les coups de fusildes Italiens et ceux des Français. La détonation des carabines Wetterliétait plus violente et, bien que les Italiens prétendissent faire usage d’unepoudre sans fumée, chaque coup était indiqué nettement par de petitsflocons de vapeur bleuâtre, très visible.
Le fusil Lebel, lui, ne donne qu’une détonation sèche comme un coupde fouet et ne produit pas plus de fumée qu’une bouffée de cigarette.
Cette poudre nouvelle venait donc enfin d’être expérimentée sur lechamp de bataille! Lors de l’attaque de nuit de Saint-Maurice, on n’avaitpu juger de ses effets. Cette fois, on avait pu l’apprécier en plein soleil.
Pendant que toutes nos troupes poursuivaient de leurs feux de salve lesItaliens, qui battaient précipitamment en retraite, et que nos six piècesleur faisaient renouveler connaissance avec les obus à la mélinite, legénéral, sur le point le plus culminant, observait; il était entouré dequelques officiers et il leur communiquait ses impressions.
— Décidément, disait-il, la nouvelle poudre est surtout une caused’infériorité pour l’offensive, et c’est un facteur favorable à la défense.
En effet, mettons-nous à la place de l’assaillant. Derrière un rideau defumée, le soldat qui se rue à l’attaque se croit, dans une certaine mesure,protégé contre le feu ennemi ; en tout cas, il ne voit pas le péril et il continuerésolument sa poussée en avant. Au contraire, si l’assiégeant a une poudresans fumée,, qu’arrive-t-il? Il a le terrain libre, dégagé devant lui, aucunnuage ne le sépare de l’ennemi, qu’il ne voit pas, mais dont il reçoit lescoups sans savoir d’où ils viennent. Il continue à avancer par devoir, maisavec beaucoup plus d’inquiétude et d’hésitation que lorsqu’il se jetait dansla fumée tout enivré de l’odeur de la poudre.
Voyons maintenant ce qui se passe chez l’assiégé. Il attend l’adversairede pied ferme. Il le regarde venir, aucun rideau de fumée ne le dissimuleet il peut viser très tranquillement, en voyant l’ennemi et en étant sûrde ne pas être vu. Tout l’avantage est donc pour le défenseur.
Conclusion : l’absence de fumée à la guerre rend l’offensive de plus enplus périlleuse et tend, par suite, à renforcer la défensive. Ce qui vient dese passer nous le prouve très surabondamment.
Comme nos fusils portent plus loin et que notre artillerie tire plus justeet plus vite, vous avez vu les Italiens adopter l’ordre dispersé à plus grandedistance. Certes, nos ennemis possèdent, eux aussi, des engins perfec-tionnés, mais ils n’ont pu leur faire rendre des effets utiles. Leurs batteries