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LA GUERRE DE MONTAGNES
ont eu à essuyer notre feu quand elles se sont déplacées et ont voulu seporter en avant. Leur infanterie ne pouvait tirer en courant; quand elle sejetait à terre pour respirer, elle ne pouvait tirer bien juste, haletante commeelle était. Au contraire, nous étions partiellement abrités. Alignés derrièrenos épaulements, nous n’étions pas hors d’haleine comme eux, et nous tirionsà notre aise.
Ajoutez que les canons à tir rapide de la défense procédaient, pendantce temps, méthodiquement à leur œuvre de destruction. Ici, ni les artilleursni les fusiliers n’étaient en peine pour le renouvellement des munitions etn’avaient à craindre de les gaspiller, tandis que, pour les Italiens, c’étaitune préoccupation constante.
En résumé, messieurs, nous allons faire la guerre de la façon suivante :nous prendrons l’offensive le plus souvent poss^le, mais la nuit. Le jour,nous resterons sur la défensive, mais la défensive active, comme je l’entends.
— Pardon, mon général, fit observer le commandant Schérer; quepensez-vous de cet argument qui consiste à dire : « La rapidité et l'enthou-siasme de l’attaque, la contagion de l’exemple, l’ivresse de la bataille, enlè-vent en quelque sorte le soldat dans l’offensive, tandis que, au contraire,les défenseurs, ébranlés par le feu de l’artillerie, sous la pluie des ballesqu’ils sont condamnés à recevoir immobiles, se troublent, hésitent et, fina-lement, lâchent pied quand les hourras de l’assaut définitif arrivent à leursoreilles ? »
— Vous venez de voir le contraire, répondit le général, et on ne sauraitadmettre, en tout cas, que les choses se soient p ssées de la sorte dans uneseule bataille de la guerre de 1870. Il est vrai que le soldat français supportemalaisément l’inaction, mais une défense savamment conduite ne laisse pasl’assailli dans l’immobilité. Quant à l’offensive, au grand soleil, en pays demontagne et à poitrine découverte, c’est de la folie.
— Est-ce que nous n’allons pas faire usage des boucliers? demandal’adjudant-major Drassam.
— Si, répondit le général, mais nous ne les avons pas encore. Quandnous les aurons, nous verrons.
Le général donna l’ordre de faire cesser le feu des compagnies qui,ralliées sur les hauteurs, continuaient à tirer de magnifiques salves sur lesItaliens. Ceux-ci se retiraient sans emporter leurs blessés ni relever leursmorts. La route et la plaine, la vallée et les flancs de la montagne étaientcouverts de cadavres. On pouvait bien évaluer à 2,000 hommes au moinsles pertes de l’ennemi. Quant à nous, d’un premier rapport sommaire, ilrésultait que nous n’avions pas plus de 60 tués et 120 blessés.