LA FRANCE ET LA RUSSIE
Le combat avait duré trois heures. Quelques officiers, réunis sur uneéminence, devisaient, l’air assez préoccupé.
— Tout s’est bien passé, en somme, dit Daniel. Mais j’estime quel’affaire de Saint-Maurice et celle-ci nous ont mis 400 hommes hors decombat. Si des renforts n’arrivent pas bientôt, je ne sais ce que le généralfera avec des effectifs aussi réduits.
— C’est aujourd’hui le troisièmejour. Il est bien extraordinaire, eneffet, que nous n’ayons reçu ni ren-forts ni nouvelles, dit Georget.
— Je sais la vérité, reprit Daniel.
Notre camarade Rous, l’officier d’or-donnance du général, nTa appris con-fidentiellement que presque tous lesponts de chemin de fer depuis Tho-non jusqu’ici ont sauté; ^
ce sont les espions ita-liens qui ont fait ce jolicoup. De sorte que noscamarades viennent àpied, Mais ils ne doiventpas être loin.
Le caporal Gilletpassait à ce moment.
— Et bien ! Gillet,demanda Georget, com-ment cela s’est-il passéde ton côté?
— Très bien, mon lieutenant, mais « il y a eu du tabac » !
— Te voilà « sergent-major d’hiver » maintenant, lui dit Daniel, enfaisant allusion à ses doubles galons de laine de caporal.
— Ils ne me tiendront pas chaud bezef, reprit l’alpin en s’éloignant.
Les officiers, la jumelle de campagne braquée, examinaient les environs.
Au loin, de sourds grondements se faisaient entendre.
Dans la grande vallée, sur la route longeant le chemin de fer et leRhône, un groupe d’hommes, portant un drapeau blanc et précédés d’unclairon, s’avançait, venant de Saint-Maurice.
— C’est un parlementaire ! dit le capitaine Renaud qui observait ; qu’onaille prévenir l’adjudant-major.