LA FRANGE ET LA RUSSIE
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— Tiens! la générale! s’écria Daniel; je l’avais bien dit qu’elleviendrait !
Mais une jeune fille, à la taille svelte, à la démarche altière, d’unebeauté éblouissante, venait de sauter lestement du marchepied.
— Ma sœur! Suzanne! s’écria encore Daniel, en se précipitant pourl’embrasser.
Georget, surpris, interloqué, resta immobile, rougissant.
— Approche donc ! lui dit Daniel. Tu connais Suzanne : vous pouvezbien vous donner la main !...
Le jeune sous-lieutenant, très embarrassé, salua militairement, puisôta son béret et fit un pas enavant. La jeune fille s’a-vança en lui tendant sa mainfinement gantée.
— Tiens !... mais vousêtes blessé, monsieur! dit-elle avec un geste d’effroi.
^ — Oh ! ce n’est rien,mademoisel le,balbutia Geor-get tout confus... Un légercoup de baïonnette.
— Eh bien! fit Daniel,
Suzanne va inaugurer sesfonctions d’ambulancière encommençant par toi.
— Vite! vite! la trousse à pansement, dit la jeune fille en se tournantvers la générale. Et, avec une grâce charmante, elle enleva délicatementles linges ensanglantés qui entouraient le bras de Georget. Les yeuxbaissés, toute tremblante, Suzanne opérait avec une délicieuse gaucherie...Excusez-moi, monsieur, disait-elle, je ne suis pas encore habituée... Là,comme cela, êtes-vous mieux?
— Oh! très bien, mademoiselle, dit Georget. Je vous remercie de toutcœur, ajouta-t-il en prononçant le mot « cœur » d’une façon touchante etd’une voix troublée.
Les deux jeunes gens échangèrent un long regard, puis se saluèrent.
— Il est l’heure de retourner aux avant-postes, dit Daniel.
Georget poussa un gros soupir. Il jeta un dernier coup d’œil versl’église, où la jeune fille et la générale venaient d’entrer. Ainsi l’amour dela patrie devait l’emporter sur tout autre sentiment ; le devoir était d’aller