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LA GUERRE DE MONTAGNES
affronter la mort et Georget y marchait résolument, presque gaiement.
« Du moins, si je suis tué, pensait-il, elle me verra mourir... Quelbonheur plus grand puis-je espérer? »
Et, tout en rêvant, Georget donnant le bras à Daniel, les deux officiersétaient retournés à leur poste.
Le soir, des troupes fraîches vinrent relever les anciennes qui étaienten grand’gardes et qui, depuis trois jours, n’avaient dormi que quelquesheures.
Au moment où les compagnies rentraient, le général les fit rassemblersur la place de l’église. Les officiers vinrent former le cercle autourde lui.
— Messieurs, dit-il, je viens de recevoir de bonnes nouvelles. Voiciune dépêche de Paris :
« Le Gouvernement est heureux de porter à la connaissance desarmées de la République le télégramme suivant qu’il vient de recevoirde Sa Majesté Alexandre III, empereur de Russie :
« Au PEUPLE FRANÇAIS !
« En apprenant l’indigne agression dont la France est victime, tous les« cœurs russes ont bondi d’indignation et tous les patriotes ont couru aux« armes.
« Le peuple français peut compter sur mon épée pour l’aider à refouler« les hordes qui menacent son indépendance, son droit et sa liberté.
« Latins et Slaves sont frères.
« Français et Russes! la main dans la main: En avant, pour Dieu etpour la Patrie 1
« Alexandre. »
« La République française remercie l’auguste empereur et le peuplevaillant qui viennent mêler leurs drapeaux aux nôtres.
« Déjà la victoire est revenue couronner nos armes. La garnison deLiouville a repoussé trois furieux assauts et infligé des pertes énormes àl’armée du feld-maréchal Blum. D’autre part, le général Gourko, avecles î>°, 6° et 14° corps russes, vient de passer le March et se dirige surVienne, pendant que le général Dragomirow menace Buda-Pesth.
« Dans les Vosges comme dans les Alpes, sur les bords de la Meusecomme sur ceux de la Vistule, la force vient en aide au droit méconnu, àla liberté menacée.
« Français ! Aux armes !