122
LA GUERRE DE MONTAGNES
de manière à embarrasser les rares tireurs qui l’inquiétaient, il faisaitpreuve (Lune grande hardiesse; son extrême mobilité, grâce à son chevalvigoureux et rapide, le rendait d'ailleurs peu vulnérable. Une vedette mar-chait au grand trot en avant, deux autres observaient sur les côtés, le capi-taine venait ensuite, suivi d’un cavalier en arrière-garde; tous les hussardsavaient la carabine haute sur la cuisse, le magasin chargé.
L’officier observait, s’approchait à faible distance des lignes italiennes,se glissait dans leurs intervalles, allait jusqu’à un saillant de façon à prendredes vues d’écharpe ou d’enfilade, faisait enfin le nécessaire pour réunir lesrenseignements éclairés que le général attendait de lui sur l’exacte étenduedes points d’appui et les extrémités du front ennemi.
Lorsque le capitaine eut terminé sa délicate mission, il retournaau Rhône, qu’il traversa à cheval, à la nage. Les diverses fractions de nosescadrons étaient réunies sur la rive et l’attendaient, non sans inquiétude,car le capitaine s’était aventuré fort loin et étàit en retard.
Le capitaine groupa les renseignements recueillis par ses subordonnés,les compara, les contrôla, puis fit un rapport complet. Il avait exploréavec méthode, observé avec justesse, apprécié avec compétence : il nepouvait manquer de conclure avec logique.
— Ainsi, dit le général en recevant son rapport, tous les ponts sontoccupés et la rive n’est pas gardée. La ligne de défense est établie sur lechemin de fer. Une réserve importante se trouve dans le village de Bex.C’est bien cela, capitaine?
— Oui, mon général.
— Combien cette reconnaissance a-t-elle coûté?
— Un homme, qui a été démonté sur l’autre rive et que nous n’avonspu retrouver, et un cheval noyé au passage du Rhône, en revenant. C’esttout.
Le général, les deux mains derrière le dos, se promenait, songeur.
— Rien, dit-il tout à coup ; si nous prenions par le plus court pour allersur l’autre rive, nous tomberions sous le feu de Massongex, sur la rivegauche, et de Bex, sur la rive droite, tous deu occupés par les Italiens. Ilvaut mieux tenter le passage en aval, au Grand-Colombey. Là, nouspourrons nous faufiler sous bois jusqu’à la rive et forcer le passage avantque les réserves ennemies n’aient eu le temps d’accourir. C’est cela. Yous,capitaine, parlez en éclaireur et lâchez de surprendre la garde du pont deColombev avant qu’elle ait eu le temps de le faire sauter.
Les troupes, l’arme au pied, attendaient depuis quelque temps.
A midi, l’ordre du départ arriva. Chaque unité fit par le flanc et se mit