LA FRANGE ET LA RUSSIE
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on route. Le 30° seul restait pour garder les positions. En passant devantles dernières maisons du village, Georget se retourna en regardant leclocher : « Evidemment, se dit-il, le général ne songe pas aux ambu-ancières ; il les laisse dans un bourg à peine gardé qui peut êtreenlevé d’une minute à l’autre. C’est bien imprudent ! » Et, le cœur serré,la tête baissée, il hâta le pas.
La première colonne avait pris par un petit chemin très touffu quilonge le Rhône et se dirige diagonalement vers le pont. L’autre suivit lagrande route, puis tourna perpendiculairement à droite en prenant lechemin aboutissant au pont.
Pendant ce temps, les hussards avaient traversé le Rhône à la nage, enamont et en aval, à une certaine distance les uns des autres, de façon àne pas être vus. Rs tombèrent, ensuite, comme une avalanche, le sabrehaut, sans même tirer un coup de carabine, sur la garde, — une com-pagnie environ, — qui avait barricadé et miné le pont,et qui fut surprise,car elle s’était éclairée en avant et ne s’attendait pas à être attaquée parderrière et sur les flancs en même temps.
La charge de nos cavaliers fut si impétueuse que les bersaglieri eurentà peine le temps de tirer quelques coups de fusil et de mettre le feu à lamèche destinée à faire sauter le pont. Mais un de nos sapeurs de hussards,rapide comme l’éclair, put la couper d’un coup de hache et sauver ainsi lepassage. Ce fut pour nous un grand avantage, car autrement nos troupiersauraient perdu beaucoup de temps à traverser le fleuve, dont le coursest très torrentueux à cet endroit,
Au moment où nos cavaliers s’emparaient du pont,nos têtes de colonnedébouchaient justement de l’autre côté. Les chasseurs s’élancèrent au pasgymnastique et vinrent bientôt prendre possession de la rive ennemie,pendant que les hussards chargeaient les bersaglieri dispersés dans labrousse.
Une demi-heure après, les 4,000 hommes qui composaient la brigadeavaient passé.
Comme il était extrêmement périlleux de tenter une opération avec unfleuve à dos, le général prescrivit que la fraction commandée par lecolonel Rude resterait pour garder le pont et assurer la retraite.
L’autre colonne prit ses dispositions pour entreprendre une reconnais-sance offensive générale.
La ligne de défense paraissait établie sur le chemin de fer. Où étaientgroupées les forces principales de l’ennemi ? — Voilà ce qu’il s’agissait desavoir.