LA FRANCE ET LA RUSSIE
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et les musettes-mangeoires, suspendues aux crochets d’arcade de derrièreles bâts, sont trop longues ; elles ballottent sur le flanc des bêtes. Veillezà cela, mille tonnerres 1 Je ne puis pas m’occuper de tout !
Puis, se tournant vers le capitaine Dornan, qui venait d’approcher :
— Quels ordres avez-vous donnés pour le port des havresacs?
— Mon général, j’en ai dispensé totalement les hommes fatigués oulégèrement indisposés. Les autres alternent entre eux pour le port deshavresacs qui n’ont pu trouver place sur les mulets. Il y a, en plus, deuxhommes punis qui sont astreints au port du sac pendant toute la durée dela marche.
Dans la batterie suivante, le capitaine Julien, au lieu de faire porter uncertain nombre des havresacs complets, avait fait alléger uniformémenttous les havresacs des effets qui en constituent le chargement extérieur,capote, dolman, pantalon de treillis, couverture. Ces effets, placés dans latoile de tente, étaient disposés en rouleau, replié en deux et maintenu àses extrémités par la courroie de capote, de manière à pouvoir être, dansun cas pressant, momentanément porté en sautoir ou mis sur le havresac.Ces divers rouleaux étaient placés en surcharge sur le sommet des bâts decaisses, à raison de trois à quatre par mulet.
Le générai continua son inspection en examinant attentivement leschargements, en vériliant s’ils étaient brêlés dans tous les sens, de manièreà ne pouvoir glisser ni à l’arrière ni à l’avant. Il s’assura aussi qu’aucunanimal n’était blessé par les mouvements oscillatoires des bâts mal ajustéset il fit faire quelques modifications de détail par le bourrelier.
Les mulets marchaient en file, les conducteurs à gauche et à hauteur deleur mulet.
— Les conducteurs doivent se tenir du côté du ravin, rappela le capi-taine à un homme qui n’était pas à sa place. Dans les passages difficiles,tenez vos mulets par le bridon et ne les laissez pas brouter !
Le sentier était devenu très étroit et les conducteurs précédaient main-tenant leur bêle, les laissant marcher librement, mais attentifs à leursmoindres mouvements. Lorsque le chemin présentait des montées et desdescentes très raides ou de petits obstacles à franchir, tels que des arbresplacés en travers, petit ruisseau, etc., les conducteurs prenaient lesrênes pour soutenir leur mulet et l’empêcher de sauter avec son charge-ment.
Le mulet de tête avait été choisi avec soin; c’était un animal intelligent,calme, ayant une allure franche et soutenue.
Une partie des servants marchaient en avant de la batterie pour frayei