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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUEIUIE DE MONTAGNES

— Oh ! oli! fit le colonel Decelle.

— Comment ! vous n’èles pas encore convaincu? Mais voyez l’Italie :elle n’a point hésité à confier la garde d’une partie de sa frontière auxVaudois, avec lesquels nous allons probablement nous battre tout à l’heure.Et cependant les Yaudois parlent notre langue; ils ont la même origine,les mêmes mœurs que les habitants des Alpes françaises. Au xvm e siècle,une partie d’entre eux s’étaient érigés en république, sous le protectorat dela France, et maintes fois nous les avons protégés contre les cruelles per-sécutions religieuses de la Savoie (1). Vous voyez donc...

Le général arriva brusquement et interrompit la phrase du colonel Rude.

— Messieurs, fit-il, nous allons marcher sur Bex.

— Encore un mot, dit à mi-voix le colonel Rude à son camarade :les alpins forment une troupe d’élite... (le colonel Decelle secoua la tête)...Et la preuve, c’est que presque tous les premiers numéros de Saint-Cyrchoisissent les bataillons alpins! Là ! êtes-vous convaincu maintenant?

Le colonel Decelle allait répondre lorsque le général, d’un ton cour-roucé, s’écria :

— Silence, messieurs!... Je vous disais que nous allions marcher surBex... Nous n’avons pas de temps à perdre, car il ne faut pas attendre queles canonniers italiens aient reconstruit leurs batteries. Voici mesinstructions.

Vous savez tous, messieurs, que, dans ses prescriptions relatives aucombat offensif, le règlement fait alterner les marches et les feux, en confiantles deux rôles à la même troupe.

L’emploi de la poudre sans fumée impose une autre tactique, et nousallons partir de ce principe nouveau que « les troupes chargées de battrel’objectif de leurs feux doivent être entièrement distinctes de celles quidonneront l’assaut ».

Je m’explique. Les troupes en marche ne peuvent pas diriger surl’ennemi des salves convergentes avec autant d’assurance que des troupes

(1) Ajoutons que, de tous temps, les populations des montagnes se sont signaléespar leur énergie et leur adresse à défendre leurs rochers, pour lesquels leur attachementest proverbial. Les plus grandes puissances de l'Europe n’ont pu soumettre la Suisse.Les descendants des Vaudois vivent encore dans les Alpes. Sous le nom de Barbets, ilsentretinrent seuls la guerre contre Louis XIV. Catinat ne put les dompter. Berwick leuropposa des montagnards français qu’il appela <r fusiliers de montagnes ». Kellermann, en1793,frappé des conditions spéciales de cette guerre, demanda à la Convention et obtintl’autorisation de créer un corps de chasseurs des Alpes, qui servit plus tard de garded’honneur à la Grande Assemblée. Les carabiniers tyroliens se sont maintes fois signaldans les armées aulrichiennes. Enfin, l’Italie possède actuellement 72 compagnies d’alpins-