LA FRANGE ET LA RUSSIE
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immobiles, et par cela même plus calmes. De plus, le feu de la défense estdevenu si meurtrier qu’il importe de franchir la zone dangereuse le plusrapidement possible, par conséquent sans s’arrêter.
Le système de progression par bonds n’est plus possible, car, si l’onimpose au soldat les mêmes arrêts qu’aulrefois, tout contribuera, pendantles quelques moments où il restera stationnaire, à rompre son élan. Cetélan sera brisé matériellement et moralement : matériellement dans lesrangs, qui s’éclairciront; moralement, dans les âmes, qui se décourageront.
Les ravages répétés du feu, aucun voile ne les cachera au soldat lancéau pas de charge, et ce n’est qu’erc fuyant en avant , toujours, suivant uneexpression pittoresque maintenant consacrée, qu’il pourra se soustraire àl’horrible spectacle environnant. Les yeux fixés sur l’ennemi, précipitantsans cesse sa marche, le soldat, en ne s’arrêtant pas, n’aura le temps nide réfléchir ni d’avoir peur, ce qui est capital, car c'est à la dernière périodedu combat que l’énergie individuelle devient le facteur unique du succès.
Faisant application de ces principes (1), je vais former et disposercomme suit les troupes chargées d’occuper Bex :
Le 157 e donnera l’assaut. Le premier bataillon se déploiera norma-lement en tirailleurs ; les deux autres bataillons suivront, déployés,de manière à assurer la pénétration. Ces fractions marcheront à unedistance assez faible de la chaîne pour qu’en accélérant l’allure dans lesderniers moments elles soient en mesure de se jeter sur la position par unmouvement à peu près simultané avec celui du précédent échelon.
Le 158 e sera chargé de l’exécution des feux. II groupera un bataillonsur la droite, un autre sur la gauche, largement en dehors de la directionsuivie par l’attaque ; ils se placeront en sorte qu’ils puissent, sans dommagepour les nôtres, exécuter, jusqu’au moment de l’assaut proprement dit, desfeux de salve répétés sur l’objectif. Le troisième bataillon se tiendra en réser-ve; les deux bataillons alpins garderont la montagne et feront chacun unedémonstration pendant le combat décisif.
Les instructions du général n’avaient pas peu surpris les officiers supé-rieurs qui venaient de les recevoir. En y réfléchissant, elles étaient trèssages et parfaitement appropriées aux nécessités de la guerre moderne.
Lorsque le feu de préparation de l’artillerie eut suffisamment ébranlél’ennemi, le général donna le signal de la marche en avant : trois sériesde deux coups de canon.
(i) Les Combats futurs , par le commandant breveté Radoux.