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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA FRANCE ET LA RUSSIE

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Avant les inventions modernes, il était possible de s'avancer sansgrand danger jusquà 200 et même 100 mètres de lennemi, sexposer àune ou deux décharges peu redoutables, sélancer sur lui et le menacer dela baïonnette pendant quil rechargeait ses armes. Aujourdhui, lhommeest toujours prêt à tirer. Le courage irréfléchi, celui que Rustow qualifie« dhéroïque folie », le courage inconscient qui consiste à se jeter, têtebaissée, sans réflexion ni préparation, se trouve relégué aujourdhui ausecond plan. Il doit faire place au courage froid, à celui qui repose surlindomptable volonté darriver et demployer à cet effet tous les moyensqui permettent de triompher.

Je ne suis pas complètement daccord avec toi, continua Daniel.Pour moi, la baïonnette est le symbole de la résolution, de la poussée enavant; cest l'outil qui crève le voile de la victoire. Cest, en un mot, leIn hoc signo rinces du soldat. Elle nest qu'un moyen de faire com-prendre aux hommes quils doivent aller jusquau bout, mais cest unmoyen primordial, parce quil donne la signification de cette énergie san-glante que rien nabat, pas même la vue ni la sensation du sang répandu.Cest avec vénération que le soldat doit contempler son arme froide , cetindice de la mort violente, du sacrifice librement consenti pour la patrie.11 doit tressaillir en la mettant à lextrémité du fusil, car il se souviendraquà un certain moment il devra sélancer comme un sauvage sur lennemiet ne se déclarer satisfait que lorsquil laura enfoncée dans le but. Legénéral Dragomirow la dit : « Yoyez-vous, mes enfants, quand on bat lacharge, vous devez être des sauvages, devrais sauvages, entendez-vous?Et celui qui nest pas fermement résolu à planter sa baïonnette, au senslittéral du mot, dans la poitrine de ladversaire, nira pas jusquaubout (1). » Dailleurs, sans baïonnette, comment se défendre contre lacavalerie ?

Je tattendais, dit Georget. Jai la conviction, et lhistoire appuiema croyance de nombreux exemples, que les baïonnettes narrêtent pas

du succès. » Quelle réfutation du principe de Souvarow déjà cité: c La balle est folle,la baïonnette est sage » !

(1) Les instructions données en 1866, avant la campagne de Bohême, par le feld-maré-chal Benedeck aux troupes autrichiennes, comme celles communiquées, en 1870, àlarmée prussienne, par le prince Frédéric-Charles (Lart de combattre VArmée française),préconisaient lemploi delà baïonnette. Des combats à larme blanche ne furent pourtantpas plus livrés en 1870 quen 1866.

« Depuis lintroduction du fusil se chargeant par la culasse, leffet des feux, aussibien dans la défensive que dans loffensive, a atteint un tel degré de puissance quelattaque à la baïonnette, dont laction est restée la même, no peut plus être employéecontre eux. » Mémoires , maréchal de Moltke.