LA FRANCE ET LA RUSSIE
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suivi d'un mulet conduit par un artilleur. En passant, l’adjudant-majoravait informé les chefs de service qu’il y avait réunion autour du général,une heure après.
A l’instant fixé, tous les officiers qui n’étaient pas retenus aux avant-postes étaient groupés autour du général Grimot, derrière la gare, près dela batterie du capitaine Jullien.
Le soir venait. Les derniers rayons, à travers les bois, arrivaient tamisépar le feuillage des ombreuses collines. Les grands châtaigniers rêveurs,déjà un peu plus obscurs, étendaient au-dessus du groupe d’officiers leursblancs chatons d’or pâle, d’une odeur douce ; ces arbres devinrent deplus en plus sombres, pendant que la Dent du Midi, de son sublime etnoir granit, sans attrister le paysage, étendait sur eux son ombre gigan-tesque.
— Messieurs, dit le général, nous ne pouvons rester sur l’échec d’au-jourd’hui. Nos deux assauts, pourtant bien préparés, n’ont pas réussi.L’effet moral peut être déplorable. Il faut, coûte que coûte, enlever Bexcette nuit. Mais, avant de vous exposer mon plan, je veux connaître l’étatréel de nos pertes. Capitaine Dornan, combien?...
— 18 canonniers tués et 40 blessés, dont un officier; 12 mulets perdus.
— Et vous, capitaine Jullien?
— 3 tués et 15 blessés, mon général.
— Commandant Schérer ?
— 13 chasseurs blessés.
— Commandant Rousseau?
— 10 chasseurs tués et 30 blessés à l’attaque de la batterie derrière Bex,mon général.
— Le 158°, colonel Decelle?
— 40 tués et 95 blessés.
— Et le brave 157 e , demanda le général en saluant avec émotion.
— Mon général, dit le colonel Rude, d’une voix troublée, le premierbataillon n’existe plus. Des 600 hommes qui le composaientil n’en reste que50 debout. Le commandant Brack est mort; les 18 officiers sont tués oublessés. Les deux autres bataillons ont moins souffert, mais leurs pertessont relativement énormes : je ne puis les préciser encore.
— Honneur au 157 e ! dit le général en serrant la main du colonel Rude,dans les yeux de qui ses frères d’armes auraient vu briller des larmessi l’obscurité n’avait dissimulé sonmâle visage... Colonel, c’est bien... Ras-semblez ce qui reste des trois bataillons pour m’en faire qu’un... Vous irezensuite vous placer en réserve.