LA FRANGE ET LA RUSSIE
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Cette carabine est un vrai bijou, plus perfectionné encore que lefusil Lebel. Nous n’avons pas à faire l’éloge de l’arme modèle 1886, siprécise et si commode. Nous devons dire cependant., sans vouloir en riendiminuer sa valeur, que le magasin n’est pas la partie la plus essen-tielle : ce mécanisme n’a été adopté que pour donner au soldat une forceplutôt morale et pour imiter les autres pays militaires, car ce magasin,une fois vidé, demande un temps assez long pour être rechargé, et, toutcompte fait, en cinq minutes on tire autant de cartouches coup par coupqu’en tirant à répétition ; il est vrai que, dans la première minute, lemagasin donne un léger avantage.
Les systèmes à chargeurs ont une grande supériorité sur les systèmesà magasin. Ils consistent dans une sorte de petit récipient en tôle mince,contenant trois ou cinq cartouches, qu’on adapte au-dessus de l’échancrurede la culasse ; chaque chargeur se prend dans la cartouchière et se placesur la culasse comme une simple cartouche.
On voit tout de suite l’avantage : point de temps perdu à approvi-sionner le magasin; dès que le chargeur est vide, on le remplace instanta-nément par un autre; de sorte que le feu peut être continué indéfinimentsans arrêt et que, chaque fois que la main se porte à la cartouchière,ce n’est pas pour saisir une cartouche, c’est pour prendre un chargeurqui contient plusieurs cartouches, d’où grande économie de temps.
La carabine modèle 1890 n’a pas de magasin, c’est entendu, mais reçoitdes chargeurs contenant trois cartouches, qui s’adaptent avec une facilitémerveilleuse. C’est une arme très supérieure à celle de l’infanterie, ducalibre de 7 mm ,98, n’ayant que 946 millimètres de longueur et pesant 3 kilo-grammes seulement (1).
La canonnade devant Bex devenait plus violente et, malgré la distance,à peu près 20 kilomètres à vol d’oiseau, on l’entendait distinctement.
Après avoir écouté le rapport de ses officiers, le général italien fit fairedemi-tour à sa brigade et se porta à la rencontre de nos troupes.
Les Italiens étaient engagés dans un long défilé entre la rive du Jac,cotoyée par la ligne du chemin de fer, et les dernières pentes des montagnes
Le dégagement fut long et ne demanda pas moins d’une heure e^demie à l’artillerie pour lui permettre de venir reprendre sa place decombat, en arrière des deux bataillons de queue, qui prirent la tête de lacolonne.
(1) La carabine de cuirassier ne diffère de la carabine de cavalerie que par la crossequi a une forte pente et qui est garnie d'une plaque de couche en cuir pour permettrele tir en cuirasse.