426
LA GUERRE DE MONTAGNES
.— Il n’y a pourtant pas de doute, fit le général, qui examinait le champde bataille avec sa lorgnette. Les Italiens passent sur la rive droite... ilscherchent à gagner la forêt de Montbrun, évidemment pour atteindrele val de Bagnes... Alors, ils renoncent au grand Saint-Bernard?
— C’est que, certainement, ils ne peuvent faire autrement, dit le chefd’état-major.
A cet instant Tadjudant télégraphiste remit une dépêche au généraien chef.
— Parbleu! lit celui-ci après avoir lu, ce sont les compagnies d’élitequi ont passé par le col d’Argentière et qui ont coupé aux Italiens laretraite du grand Saint-Bernard... Ah! les mâtins !... Yoilà un joli tourde force... La bataille était perdue tout à l’heure; la voici gagnéemaintenant (4).
Soldats et officiers poussèrent alors un immense hourrah qui retentità travers les vallées. Le feu cessa sur toute la ligne.
Le général profita de la circonstance pour résoudre un problème detactique devant les officiers de son état-major.
— Vous le voyez, messieurs, dit-il, une position bien choisie dans lamontagne ne peut être forcée de front, à moins d’une supériorité numé-rique écrasante et des sacrifices énormes de la part de l’assaillant;souvent même, la nature des abords de la position s’oppose au déploie-ment de forces considérables et ne permet pas à l’attaque de tirer partide sa supériorité numérique (2).
L’assaillant est dans l’obligation de diviser ses forces pour tenterd’enlever la position par des attaques concentriques. Le problème à résoudrealors consiste à faire arriver en même temps les différentes colonnesd’attaque sur le lieu du combat; les départs doivent être réglés en raisondes trajets à effectuer ; si le calcul des durées des trajets est mal fait,l’attaque échouera fatalement, les diverses colonnes seront écrasées endétail, car leur éloignement, ainsi que la nature impraticable du terraincoupé et couvert qui les sépare, rendent absolument impropre l’action d’uncommandement unique ; chaque commandant est abandonné à lui-même.
Les plus fortes positions sont colles qui ont leurs flancs appuyés à
(t) « La maxime générale, dans la guerre de montagnes, doit’ôtre détourner la positionet de déposter son ennemi par des manœuvres. C’est le plus ou moins d’expérience mili-taire et de capacité du général qui décide du succès ou de lajjdéfaite en montagne,et nonle chiffre des troupes, quoique la supériorité numérique soit toujours désirable. » —Principes de la Guerre de montagnes , général de Bourcet.
(2) « On ne fait pas évacuer de bonnes positions en les attaquant de front, mais enbs tournant. » — Opérations en pags de montagnes, général, de Villenoisy.