LA FRANGE ET LA RUSSIE
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des obstacles inaccessibles et n’ont pas à redouter des attaques concen-triques, comme celle que nous venons d’opérer. On ne les force qu’en lestournant. Comme la défense ne peut garnir tous les passages, il est facileà l’assaillant de donner le change par des démonstrations offensives etd'employer le gros de ses forces contre le point qu’il aura choisi. Avantque la défense ait pu reconnaître l’objectif véritable choisi par l’assaillant,un de ses détachements sera culbuté et les positions occupées en forceseront tournées. Dans la montagne, comme ailleurs, les plus grands avan-tages sont dans l’offensive (1).
C’est en appliquant ces principes, messieurs, dit le général en termi-nant, que nous avons pu aujourd'hui enlever Sembrancher et couper laretraite aux Italiens par le grand Saint-Bernard.
Le grand quartier général se transporta à Orsières. Le soir, legénéral en chef convia les officiers des troupes du cantonnement à mangertous ensemble à l’hôtel des Alpes. Le repas eut lieu en plein air, aupied d’une grosse tour, très ancienne et très remarquable. On pense s'il futgai et animé; chacun racontait les incidents de la journée, les péripétiesdu combat, des anecdoctes sur les Italiens, etc.
Au dessert, le général se leva. Un profond silence s’établit aussitôt.
— Messieurs, dit Je général, nous devons la victoire d’aujourd’hui auxchasseurs alpins. Il serait intéressant pour nous de savoir comment lescompagnies d’élite ont traversé les dangereux passages réputés inacces-sibles, et rempli la périlleuse mission qui leur avait été confiée. Sil’un des capitaines ou l’un des lieutenants arrivés aujourd’hui voulaitbien raconter sa marche à travers les glaciers, il ferait plaisir à sescamarades et à moi.
Personne ne rompit le silence. Les officiers désignés étaient visible-ment gênés, d’abord de parler devant leur général, ensuite de raconterleurs prouesses.
— Allons! messieurs! insista le général.
— A toi, Nadaud! dit un capitaine; raconte-nous ton passage parle pasd’Orny.
— Mais non ! fit avec modestie le capitaine désigné. Nous n’avonsrien fait d'extraordinaire. Dites donc plutôt à Berville de nous faire le récitde la mort de ce pauvre Poulain!
— Oui ! oui ! dirent les officiers. Berville ! La parole est àBerville !
(i) La Guerre en pays de montagnes , colonel Jayet.