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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUERRE DE MONTAGNES

Ici, linconnu commence. Les guides se consultent avec les officiers.Aux murs lisses succèdent des cheminées presque verticales. Une grosseaiguille nous domine de toute sa hauteur et, de temps à autre, laisse choirdes quartiers de rocher qui nont rien de rassurant.

Par quelques fentes, on aperçoit, à une profondeur immense, les plainesitaliennes... Maintenant, la montagne est moins escarpée, mais desblocs mal équilibrés rendent la marche difficile ; lébranlement dun seulpourrait entraîner la chute de plusieurs, et nous avançons avec prudence.Le glacier se déroule à gauche au fond de labîme...

Lémotion plus que la fatigue commence par gagner quelques hommesqui se cramponnent, très pâles, aux parois des rochers.

Un sergent leur fait honte en leur criant :

Allons, est-ce que vous allez rester? Croyez-vous que l'omnibusva venir vous chercher? Allons ! Allons! des pattes ! des pattes!

Ceux qui paraissaient plus faibles buvaient un coup deau-de-vie decerises, boisson très employée par les guides, puis reprenaient le pas, cahin-caha, en détournant la tête des vertigineux précipices qui semblaient lesattirer (1).

Et pourtant les hommes avaient été choisis avec soin, et la compagnien'était formée, pour ainsi dire, que de volontaires. Jugez un peu de lafigure qu'auraient faite les hommes d'un régiment de ligne ordinaire !

Nous étions arrivés à une espèce de cheminée denviron 10 mètres dehauteur. Elle était presque verticale et souvrait sur le vide, de sorte qu'entombant nous nous serions trouvés au pied du col, sur le point d nousétions partis. Les guides navaient pu franchir ce passage quà laide duneéchelle. Us avaient fixé en haut une corde double avec quelques nœudset qui pendait le long de la cheminée. On y montait à la force des bras etavec laide insuffisante des genoux et des pieds sappuyant à quelques raressaillies du rocher et à deux barres de fer enfoncées dans le roc, vers lemilieu du trajet. Si lon se rappelle combien sont difficiles les efforts mus-

(1) « Ce quon nomme mal de montagne nest pas un mal aussi nettement caracté-risé que le mal de mer, cest plutôt la forme que prennent les indispositions diverses,lorsque le corps est soumis aux dispositions physiologiques anormales de lascension.Bien des montagnards donnent ce nom au vertige, que les voyageurs éprouvent parfoisen face des précipices. Mais ce qui est le plus généralement connu sous le nom demal de montagne est ce malaise qui désenchante si souvent les courses, et dont la mani-festation la plus visible est une faiblesse excessive qui rend la locomotion .presqueimpossible. » Souvenirs d'un alpiniste , E. Javelle.

« Le mal de montagne saccuse parfois par des troubles de la digestion, tels quils necessent que la descente terminée. » De laptitude physique à la marche en montagnes ,D r Rigal, du 12 e alpins.