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LA GUERRE DE MONTAGNES
Ici, l’inconnu commence. Les guides se consultent avec les officiers.Aux murs lisses succèdent des cheminées presque verticales. Une grosseaiguille nous domine de toute sa hauteur et, de temps à autre, laisse choirdes quartiers de rocher qui n’ont rien de rassurant.
Par quelques fentes, on aperçoit, à une profondeur immense, les plainesitaliennes... Maintenant, la montagne est moins escarpée, mais desblocs mal équilibrés rendent la marche difficile ; l’ébranlement d’un seulpourrait entraîner la chute de plusieurs, et nous avançons avec prudence.Le glacier se déroule à gauche au fond de l’abîme...
L’émotion plus que la fatigue commence par gagner quelques hommesqui se cramponnent, très pâles, aux parois des rochers.
Un sergent leur fait honte en leur criant :
— Allons, est-ce que vous allez rester là? Croyez-vous que l'omnibusva venir vous chercher? Allons ! Allons! des pattes ! des pattes!
Ceux qui paraissaient plus faibles buvaient un coup d’eau-de-vie decerises, boisson très employée par les guides, puis reprenaient le pas, cahin-caha, en détournant la tête des vertigineux précipices qui semblaient lesattirer (1).
Et pourtant les hommes avaient été choisis avec soin, et la compagnien'était formée, pour ainsi dire, que de volontaires. Jugez un peu de lafigure qu'auraient faite les hommes d'un régiment de ligne ordinaire !
Nous étions arrivés à une espèce de cheminée d’environ 10 mètres dehauteur. Elle était presque verticale et s’ouvrait sur le vide, de sorte qu'entombant nous nous serions trouvés au pied du col, sur le point d’où nousétions partis. Les guides n’avaient pu franchir ce passage qu’à l’aide d’uneéchelle. Us avaient fixé en haut une corde double avec quelques nœudset qui pendait le long de la cheminée. On y montait à la force des bras etavec l’aide insuffisante des genoux et des pieds s’appuyant à quelques raressaillies du rocher et à deux barres de fer enfoncées dans le roc, vers lemilieu du trajet. Si l’on se rappelle combien sont difficiles les efforts mus-
(1) « Ce qu’on nomme mal de montagne n’est pas un mal aussi nettement caracté-risé que le mal de mer, c’est plutôt la forme que prennent les indispositions diverses,lorsque le corps est soumis aux dispositions physiologiques anormales de l’ascension.Bien des montagnards donnent ce nom au vertige, que les voyageurs éprouvent parfoisen face des précipices. Mais ce qui est le plus généralement connu sous le nom demal de montagne est ce malaise qui désenchante si souvent les courses, et dont la mani-festation la plus visible est une faiblesse excessive qui rend la locomotion .presqueimpossible. » — Souvenirs d'un alpiniste , E. Javelle.
« Le mal de montagne s’accuse parfois par des troubles de la digestion, tels qu’ils necessent que la descente terminée. » — De l’aptitude physique à la marche en montagnes ,D r Rigal, du 12 e alpins.