LA FR AN CL ET LA RUSSIE
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Isolé, un homme peut disparaître; tandis que, s’il fait partie d’unecordée, vient-il à enfoncer, la corde, tendue en avant et en arrière, lesoutient et le sauve. C’est un garde-fou.
Ne pas s’attacher les uns aux autres sur un glacier, crevassé ou non,est une imprudence im-pardonnable. Il ne fautrien laisser au hasard dece qu’on peut lui enleveret mettre toutes les chan-ces de son côté.
Quelques alpinistestrès compétents pensenttoutefois que la corde,nécessaire sur les glacierspeu inclinés, a plus d’in-convénients que d’avan-tages dans les pentes ra-pides, où la maladressed’un seul peut compro-mettre et même perdretoute une cordée. Maisen cela, comme en toutechose, la question esttrès discutée. Quoi qu’ilen soit, la corde, c’est lasolidarité en face du danger, c'est la con-fiance donnée à chacun en présence du péril.
— En route !
Le signal est donné par le capitaine etle guide-chef. La cordée s’allonge en files surle glacier. Le matin, la neige est ferme et commeélastique, le soleil hrille ; son éclat même fatigue lavue ; la réverbération de ses rayons sur les millionsde cristaux de la neige d’une blancheur éblouissante 7aveugle presque, en même temps que la sécheresse de l’air brûle la peaudu visage et lui donne le ton de la brique trop cuite.
La traversée du glacier ne dure qu’une heure et demie ; mais on a hâtede retrouver les rochers, car an-dessous la pente est raide et un faux pasentraînerait toute la caravane.