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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUERRE DE MONTAGNES

dire d vient cette voix; vous, vous ne le devineriez jamais. Au bruit duntorrent, il saura, même sans le voir, sil est guéable ou non ; le plus petitnuage de fumée lui apprendra si cest une charbonnière allumée ou unecabane qui brûle. Enfin, à dix pas de vous, il jugera si vous avez la bossede lalpinisme ou non.

Lorientation est innée chez lui ; il a pour ainsi dire dans son systèmenerveux la boussole, le baromètre et le thermomètre.

« En bas, il pleut, » dit-il, et il pleut. «-haut, il neige, » et il neige.« il pleut, et ici il ne pleuvra pas. » Lui demandez-vous pourquoi :« Oh! elle est bonne ! Vous ne sentez donc pas d vient le vent? » Et defait, il ne pleuvra pas.

11 fait un soleil splendide, tout est serein : « Signor, dans une heure nousaurons du brouillard. Êtes-vous fou? Non, je le sens à lodeur quisélève de la vallée. » Une heure après, vous êtes entouré dun brouillard siépais que vous ne pouvez plus distinguer vos pieds.

Ce serait une erreur de croire que toutes les recrues dun commandantalpin sont des montagnards tels que je viens de les dépeindre, et que lamission de larmée ne consiste quà en faire de bons soldats alpins. On peuttout au plus dire des jeunes conscrits de la région quils ont à leur avoirlhabitude de la température très variée des Alpes et du dialecte du pays ;mais, sils nont pas parfaitement le pied, lœil et le caractère du vrai mon-tagnard, ils sont susceptibles de les acquérir promptement.

Je reprends mon récit.

Le guide qui était en tête montait avec quelque lenteur les pentesraides, mais il était incomparable par sa compétence dans les choses demontagnes. Nous fûmes particulièrement émerveillés de la manière dont ilexécuta la descente, déblayant la route avec adresse et courage desobstacles que lon rencontre dans la région supérieure des neiges.

Nous étions sur des rocs escarpés et glissants. A notre droite, un largecouloir qui avait été jadis rempli de neige formait un mur de glace, inclinéen talus. Nous étions liés dans lordre suivant : le guide en tête, je venaisensuite, puis mon ordonnance, un chasseur et un caporal.

Le guide tourna vers le couloir.

Savez r vous vous allez? lui dis-je. Le talus est entièrement de glace !

Je le sais, me répondit-il. Mais la glace nest à découvert que pen-dant quelques mètres. Je taillerai des marches dans cette partie dange-reuse et, au delà, nous aurons un bon appui sur la neige.

Soit ! fis-je un peu à contre-cœur.