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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA FRANGE ET LA RUSSIE

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U connaît les crevasses et sait que penser dun roc ébranlé; il connaîtlherbe qui couvre certains tertres inclinés, et sait ce que peut coûter unpied mal posé.

Le montagnard ne se trompe jamais de route, même sur les montagnesquil ne connaît pas. A un embranchement il prend à droite, à un autreil prend à gauche; si le sentier se divise en trois, il choisira celui dumilieu, sans sarrêter une seconde, sans même tourner la tête, absolumentcomme s'il y avait un poteau indicateur. Demandez-lui le pourquoi, il vousdira, avec son air narquois : « Je prends à droite, parce que le sentier degauche, quoique plus plan et plus large, conduit seulement à une sourcevoisine. Vous connaissez donc ces lieux? Non, signor, mais je vois àterre certains signes qui indiquent que les troupeaux seuls y passent pouraller sabreuver. »

Et à votre seconde demande : « Je prends à gauche, parce que le sentierde droite ne conduit quà une charbonnière ; ces trous, que je vois enterre, ne sont faits que par les pointes des bâtons dont les charbonniersont lhabitude de se servir. » Et ainsi de suite.

Lorgane le plus précieux et le plus admirable chez le montagnard, c'estson œil : très perçant, peu enthousiaste, mais prévoyant et sûr. La con-templation des panoramas nest pas son fort; son attention est entièrementabsorbée par le chemin quil doit suivre, et la découverte des moindreschangements sur le versant opposé de la vallée ; de sorte quil sait déjàlexistence, à trois cents pas en avant, d'un précipice que vous ne voyez pas,et il comprend que, pour léviter, il faut prendre le sentier qui monte. Uneroche fait saillie ; si vous lapercevez, vous ne devinez pas que, pour lévitersans allonger votre chemin du double, il faut enfiler le premier sentier quidescend; lui, il le comprend de suite.

A 1,G00 mètres, une légère variation dans la teinte verte dune prairielui révèle une source ; quelques broussailles, çà et disposées en file, luiindiquent une route muletière. Une forêt sarrête-t-elle brusquement, ilreconnaît de suite un précipice, une crevasse.

Quun berger, à 2 kilomètres de lautre côté de la vallée, allume quatrebranches pour se chauffer, ou quune bergère garde quatre chèvres en tri-cotant, il est impossible que notre montagnard ne les ait pas aperçus dupremier coup dœil. Sil vous dit : « Cest un homme, » croyez-le sur parole,ce ne sera bien certainement pas une femme. « Cest un chien, » soyezconvaincu que ce ne sera pas une chèvre.

Quune voix, répercutée par dix échos, arrive à son oreille, votre mon-tagnard, après avoir simplement détourné la tête, saura tout de suite vous