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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUERRE DE MONTAGNES

quune titillation aux mains qui disparut au bout cle quelques instants.

Une heure après, le reste de la compagnie, qui avait été obligée de faireun long détour, nous rejoignit. On juge avec quelle joie on constata quenous navions rien, ou presque rien.

Ah! cest comme cela que vous lâchez la rampe ! nous dit le capi-taine. Je ne vous avais pas dit daller ainsi en avant-garde ! Vous êtes doncdans la cavalerie que vous chevauchez sur les avalanches ?

Et tout le monde se mit à rire. Pauvre capitaine ! Il ne devait pas tarderà nous faire pleurer !

Nous descendions les champs de glace qui sétendent vers le Valais. Laneige était parfaitement homogène sans aucune trace de roches éboulées.Les crevasses avaient à peu près entièrement disparu. Aussi marchions-nous avec une entière sécurité, lorsque nous remarquâmes, à quelque dis-tance de nous, plusieurs petites ouvertures. Curieux den connaître la cause,nous nous dirigeâmes de ce côté. Quel ne fut pas notre étonnement lors-quen regardant dans une de ces lucarnes, qui navait pas plus de 20 à 30centimètres carrés, nous vîmes quelle cachait un immense précipice! Etdans ce gouffre régnait une lumière azurée qui surpassait en beauté, entransparence et en douceur tout ce que javais vu jusqualors dans les gla-ciers. Jamais je nai contemplé spectacle plus attrayant ; nos yeux en furenttellement fascinés que nous ne nous aperçûmes pas dabord que la croûte deneige qui recouvrait ce caveau enchanteur navait en cet endroit que quel-ques centimètres dépaisseur. Nous étions au-dessus dune crevasse de plusde 30 mètres de large et dune profondeur que nous évaluâmes à 100mètres au moins. A lendroit nous lexaminions, elle, navait dautreouverture que la petite lucarne dont jai parlé ; mais plus loin elle corres-pondait aune large crevasse, couverte du côté de la rive droite, par laquelleentrait la lumière.

En poursuivant notre route nous rencontrâmes encore une quantitéde crevasses semblables à celles que je viens de décrire et nous acquîmesbientôt la certitude que le sol sur lequel nous cheminions était entièrementminé.

Après avoir cheminé à peu près une heure sur ces champs de neige,je vis dans le sentier frayé par les hommes une trace rougeâtre.

Eh !-bas ! entendis-je crier, il y a un bidon qui fuit !

Cinq minutes après, un caporal répéta lexclamation sur un ton trèsirrité :

Mais faites donc attention ! Il y a un bidon qui fuit !

En effet, le chemin paraissait de plus en plus coloré.