LA FRANCE ET LA RUSSIE
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— Mais non ! fit un guide. C’est la neige rouge.
Le guide avait raison. Comme les petits organismes qui composent laneige rouge sont, ordinairement accumulés en plusgrand nombre à quelques millimètres au-dessous de lasurface,il arrivait qu’en les foulant aux pieds nous lesrendions plus apparents, et que chaque pas que nousfaisions laissait comme une trace sanglante qu’onsuivait des yeux à une grande, distance.
A ce moment, le capitaine me déclara qu’il voulaitprendre ma place en tête, immédiatement après leguide. Je protestai avec énergie, je fis valoir mesconnaissances, ma force, ma santé, ma pratique del’alpinisme. Rien n’y fit.
■ — Vous venez d’être éprouvé par une longuechute, me dit le capitaine. Marchez derrière. A mon tourmaintenant de donner l’exemple.
J’obtins alors la permissionde faire partie de la deuxièmeescouade, c’est-à-dire de cellequi marchait immédiatementaprès l’escouade de tête.
— Voici le dernier passagedifficile, dit le nouveau guide quiavait pris la tête. Quand nous au-rons franchi ce mauvais pas,nous serons sauvés ; nous n’au-rons plus qu’à nous asseoir surnos talons et à nouslaisser glisser.
— Allons, encore un peu decou-rage! cria le capitaine en setournant vers ses hommes. C’estle dernier mauvais pas: nousferons la halte en bas.
Lepassagedifficile n’était pastrès long ; il n’avait certainement pas plus de 80 à 90 mètres en hauteur.Cependant, je le jugeais dangereux et je proposai d’attacher, pour plus desûreté, une corde au rocher, qu’on retirerait après la descente.
Le capitaine repoussa l’idée du geste.
— Bah! fit-il.
Manœuvre de la corde : descente.