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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUERRE DE MONTAGNES

Les montagnards appellent arein une violente tourmente de neige.Malheur au pauvre voyageur ou au conducteur de bétail surpris par cetouragan! Malheur à lui sil nest pas depuis longtemps endurci à toutes lesrigueurs de la température, sil vient des contrées chaudes et sil ne saitopposer lénergie, le courage et une persévérance inébranlable à la furiedes éléments ! A moins dun miracle, cest un homme perdu. Des milliersde voyageurs déjà ont été victimes de leur inexpérience pour navoir pasreconnu les signes précurseurs de Dorage (1).

Les bourrasques de neige sont les phénomènes les plus redoutablesdes hautes régions. Pour se faire une idée de leur impétuosité, de leurviolence et de lénorme quantité de neige soulevée qui, après avoirtourbillonné dans lair, recouvre en quelques instants, dune couchede plusieurs pieds les chemins tracés, il faut déjà connaître les scènesgrandioses des montagnes. Louragan dans les Alpes, autrement ditXarein , est la contre-partie du simoun du désert et ses effets sont aussiterribles. De même que ce vent furieux soulève, dans le Sahara, des mil-liards de grains de sable brûlant, les fait voltiger dans les airs, creuse deprofonds sillons, pour former plus loin de vraies collines, ainsi les rafalesemportent les neiges à de grandes distances, les amassent en nuages épaiset sombres, forment de petits cristaux qui pénètrent dans les vêtementset semblent faire partie de latmosphère, tant ils sont subtils.

Malheureux voyageur! que le ciel le protège,

Car devant lui, sans fin, parait à son regardLa neige et puis la neige, hélas! rien que la neige,

Que rend plus froide encore un humide brouillard.

11 trébuche en sa route, et le vent qui l'assiègeLaveugle, ht, toujours plus menaçants, les frimasAvec la nuit qui tombe enveloppent ses pas.

Le montagnard connaît exactement les signes qui annoncent cet hôteredoutable. La teinte verte, gris pâle de lhorizon, lon remarque àpeine les contours des montagnes couvertes de leur blanc tapis, devientplus nette, plus forte; on y reconnaît un air plus chargé démanations.Lair est calme, glacial sans avoir cette fraîcheur fortifiante qui redonneune nouvelle vie. Il règne un froid sec et piquant, et un morne repossajoute à la tristesse de la nature. Lagile chamois, qui, pendant Dété,

(1) Eu passant les Alpes, en octobre 1755, une grande partie de larmée russe com-mandée par Souvarow succomba dans une tourmente. A ce quassurent les moines dugrand Saint-Bernard, ces tempêtes sont très frequentes, on na à déplorer la mort depersonne due à cette cause pendant les dix dernières années. Les Alpes, par Berleps /h.