LA FRANCE ET LA RUSSIE
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donne de Ranimation à ces contrées se retire, dans les forêts situées plusbas; la marmotte est engourdie au fond de son terrier; le chocard, quimême en hiver fait retentir ses cris désagréables sur les pointes de granit,s’est réfugié dans la crevasse où est son nid. Le faible bruissement desfeuilles sèches ne se fait pas entendre, car la zone des arbres ne s’étendpas si haut ; les derniers pins rabougris et les buissons de rhododendronssont ensevelis sous la neige; aucun souffle n’agite la surface mobile desnévés, ni la couche glacée qui recouvre les rocs escarpés; partout cesilence de mort qui, dans les chaudes journées, précède les violentsorages.
Une remarque: la neige des hautes régions est beaucoup plus fine,ressemblant à la farine ou plutôt au sable ; elle est aussi plus sècheet plus vite mise en mouvement.
Mais la tourmente arrivait à toute vitesse.
Ijes monts ont prolongé le lugubre murmureDont le son lent et sourd attriste la nature.
U succède à ce bruit un calme plein d'horreur,
Et la terre, en silence, attend dans la terreur.
Des monts et des rochers, le vaste amphithéâtreDisparaît tout à coup sous un voile grisâtre ;
Le nuage élargi les couvre de ses flancs ;
11 pèse sur les airs tranquilles et brûlants.
Mais des traits enflammés ont sillonné la nue,
Et la foudre, en grondant, roule dans l’étendue.
Elle redouble, vole, éclate dans les airs;
La nuit est plus profonde, et de verts éclairsEn font sortir sans cesse un jour pâle et livide.
Au moment qui précéda la catastrophe, d’épais nuages enveloppaientles cimes voisines et pesaient de tout leur poids sur elles... L’obscuritéaugmentait, la nuit arrivait avant l’heure. Soudain, un violent coup devent, chargé de bouffées de neige, vint augmenter l’anxiété des hommes,déjà retardés par la fatigue... Puis tout rentra dans le calme.
Ces avant-coureurs de la tempête se renouvelèrent par intervalles quidevinrent toujours plus courts. Le danger était imminent.
— J’aimerais mieux être sur le tramway de la Guillotière ! dit unchasseur gouailleur.
Alors commença un bruit étrange et effrayant dans les crevasses et lesravins; d’abord, ce fut un léger gémissement, que l’écho répéta du côtéopposé; il devint ensuite plus distinct, plus rapproché, plus fort, résonnanttoujours plus loin et plus rapidement sur les flancs de la montagne : on eûtdit des cris de détresse dans l’éloignement.