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LA GUERRE DE MONTAGNES
L’hospice n'était pas loin. Déjà on apercevait les grands bâtiments depierre avec leurs trois étages de fenêtres étriquées.
Lorsqu’on franchit le seuil du bâtiment principal, qui date du milieudu xvi° siècle, une grosse cloche appelle le « clavendier », ou père deservice, qui est chargé de recevoir les voyageurs et de leur offrir l’hospi-talité. Dans le vestibule, une grande plaque commémorative en marbrenoir, avec des caractères d’or, rappelle le passage héroïque de l’arméefrançaise en 1800.
De larges couloirs voûtés, à l’intérieur, conduisent à deux centschambres qui les bordent. Ces chambres, séparées par des cloisons de bois,sont très confortables.
La salle à manger est ornée de gravures et de dessins donnés par desvoyageurs reconnaissants. Au premier étage, la bibliothèque renferme lesantiquités trouvées aux environs. Dans le grand salon se trouvent pianoet orgue, et l’on peut à loisir moduler, à 2,500 mètres au-dessus del’orchestre de l’Opéra, tous les airs sacrés et profanes.
Tout à côté, un bâtiment plus petit, appelé hôtel Saint-Louis, sertde magasin et de demeure aux voyageurs pauvres. Il est destiné aussicomme refuge en cas d’incendie, car le couvent a déjà été deux fois laproie des flammes.
L’hospice a été fondé par saint Bernard de Menthon, en 962. Les dixà quinze religieux augustins et les sept domestiques (maronniers) quil’habitent sont tenus d’accueillir et de soigner gratuitement les étrangerset d’aller à la recherche des voyageurs en danger pendant la saison desneiges, laquelle dure près de neuf mois.
Ce refuge est situé exactement à 2,465 mètres d’altitude. C’est la plushaute habitation d’hiver des Alpes.
L’hiver, un hiver extrêmement rigoureux, dure de quatre à cinq moisconsécutifs, pendant lesquels le thermomètre descend souvent à 30 degrésau-dessous de zéro, pendant que la neige monte de 10 à 15 mètres.Durant toute l’année, on n’yjouit pas de dix journées tranquilles, exemptesde tempêtes, de tourbillons neigeux ou de lugubres brouillards.
La température moyenne y est inférieure à celle du cap Nord. Ce n’estqu’en été qu’il y tombe de gros flocons de neige ; en hiver, on n’y voit quedes cristaux de glace fins et légers, si menus que le vent les fait pénétrerpar les plus petites fentes des portes et des fenêtres. La tempête les amon-celle, surtout dans les environs, en murailles mobiles, de 20 à 30 pieds dehaut, qui couvrent les sentiers et les ravins et qui sont toujours prêtes àse précipiter en avalanches à la moindre secousse.