INTRODUCTION HISTORIQUE.
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tinctive qu’il avait toujours éprouvée pour les agents de révolutions ne putque s’accroître. Convaincu que l’ordre et le respect de l’autorité légale sontles vrais fondements de la tranquillité et du bonheur d’un peuple, il se défiatoujours de ces innovateurs, dont l’ambition se cache trop souvent sous lemanteau des idées libérales.
A peine Nicolas eut-il pris possession du trône, qu’il déploya cette prodi-gieuse activité qui devait, pendant près de trente ans, porter si haut la pros-périté et la puissance de la Russie.
Une occasion s’offrit bientôt au nouvel Empereur de montrer comment ilentendait soutenir les droits de sa couronne. A son avènement, l’Angleterreignorait quelle politique il voudrait suivre dans les affaires d’Orient. Toute-fois, elle avait appris de quelle fermeté, de quel grand caractère il avait faitpreuve au milieu de l’insurrection militaire de décembre, et elle savait qu’ilne faudrait attendre du successeur dMlexandre ni indécision ni faiblesse.Afin de le sonder, le cabinet de Londres, où dominait l’influence de Canning,alors chef du Foreùjn Office , envoya le duc de Wellington à Saint-Péters-bourg. Cet illustre personnage jouissait en Europe d’une grande considé-ration, et il reçut de l’empereur Nicolas l’accueil qu’il méritait. Il étaitchargé d’une double mission : 1° empêcher une guerre entre la Russie et laPorte; 2° inviter le cabinet de Saint-Pétersbourg à se concerter avec lesautres puissances pour régler le sort de la Grèce.
Quelles étaient les causes des difficultés pendantes entre le cabinet Russeet la Porte Ottomane? C’est ce qu’il est essentiel de relater.
En 1812, lorsque l’empereur Alexandre I er allait soutenir une lutte formi-dable contre Napoléon, il y avait six ans que la Russie était en guerre avecla Turquie. La Russie n’avait pas trop de toutes ses forces pour tenir tête àl’agresseur, et Alexandre, ayant besoin de l’armée qui combattait dans lesprincipautés Danubiennes, désirait faire la paix. Le cabinet de Londres, l’im-placable ennemi de Napoléon, offrit sa médiation, que la Porte accepta avecd’autant plus d’empressement que ses armes n’étaient pas heureuses.Alexandre donna l’ordre à Koutousof, qui venait de se signaler par de bril-lants succès, de négocier la paix et de la conclure promptement. Il ne pou-vait confier à de meilleures mains les intérêts de son empire. A de grandstalents militaires Koutousof joignait beaucoup de finesse et d’habileté. Aucours des conférences, il sut couper court aux lenteurs traditionnelles et auxfaux-fuyants de la diplomatie Ottomane. Les préliminaires de paix furentsignés à Bucharest le 28 mai, et la ratification eut lieu à Yilna, le 25 juin,presque au moment où Napoléon passait le Niémen.
Cette paix, eu égard aux conjonctures, fut plus avantageuse à la Russie quel’empereur Alexandre n’aurait pu s’y attendre. La Russie rendait une partie