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ALEXANDRE II.
de ses conquêtes, mais elle acquérait la Bessarabie tout entière avec le tiersenviron de la Moldavie. Le Pruth devenait la limite des deux empires. LaPorte prenait l’engagement de rétablir les hospodars de Moldavie et deValachie, qui avaient dû se soustraire par la fuite à la proscription, et lesprivilèges, précédemment obtenus par ces provinces (traités de Kaïnardji,1774, et de Iassy, 1792), étaient confirmés. Le gouvernement Russe stipulaitune amnistie sans restriction en faveur des Serbes, qui s’étaient montrés debraves et fort utiles auxiliaires,
La Porte se joua des engagements qu’elle avait contractés à Bucharest.Tandis que les armées Russes étaient engagées dans la guerre que la coalitionEuropéenne soutenait contre Napoléon, une armée Turque de quatre-vingtmille hommes envahit la Serbie en 1813. Les Serbes voulurent résister; ilsfurent écrasés.
On comprendra quels frémissements de douleur et de colère causaient auxSerbes cette invasion perfide et les excès commis par les Turcs, si l’on sereporte aux événements dont la Serbie avait été le théâtre depuis les premièresannées du siècle. Elle venait de jouer un rôle marquant, et, pendant quelquetemps, elle avait eu un état militaire respectable.
Durant les guerres que Catherine II avait faites à la Turquie, les Serbesaspiraient à secouer un joug odieux. Les liens religieux, qui les rattachaientà la Russie, entretenaient leurs espérances ; elle était, à leurs yeux, leurvéritable protectrice, la puissance chrétienne par excellence, et ils souhai-taient ardemment les immunités qu’elle avait fait accorder à la Moldavie età la Valachie. Fatigués de se voir gouvernés par la milice féodale des spahiset opprimés par des janissaires, ils commencèrent à se soulever en 1804.Beaucoup avaient appris le métier des armes, en servant dans les arméesRusses ou Autrichiennes, durant la guerre qui précéda la paix de Iassy. Leplus renommé, parmi les insurgés, étaitTchernyi George. A l’âge de vingt-deuxans, lorsque les Autrichiens étaient sur le point d’entrer en Serbie, il passa laSave et s’enrôla sous leurs drapeaux ; il combattit bravement contre les Turcset fut fait sous-officier. Après la paix, il rentra dans son pays et s’enrichit parle commerce des porcs. Sous la domination Turque, les Serbes, quand ils nevivaient pas dans la montagne, pour y mener une existence de bandits, nepouvaient être que laboureurs, pâtres, ou marchands de bestiaux.
La fortune de Tchernyi George, considérable pour un pays pauvre, l’énergiede son caractère, quelque savoir militaire, lui valurent une grande influenceparmi les habitants de son district, qui s’habituèrent à le regarder commeleur chef. Son teint basané l’avait fait surnommer Tchernyi, c’est-à-dire leNoir, et ce surnom est devenu historique.
Dès que le soulèvement se fut prononcé, des aventuriers, des hommes