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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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ALEXANDRE II.

clamer prince de Serbie, et, profitant des embarras de la Porte, il conclutavec elle une convention qui donna à la Principauté quelques années de tran-quillité. En vertu de cet arrangement, la Porte conservait les forteresses, lasuzeraineté, reconnaissait à Milosch le titre de prince, et les Serbes, en payantun tribut, gardaient leurs armes et le droit de sadministrer eux-mêmes. Enréalité, ce nétait quune trêve que les Turcs pourraient enfreindre quandils le voudraient.

Les conditions du traité de Bucharest, concernant la Serbie, nétaient pasles seules que les Turcs eussent foulées aux pieds, et le gouvernement impé-rial de Russie avait contre eux dautres griefs. Non seulement la Moldavie etla Valachie étaient privées des immunités formellement stipulées, mais ellesétaient surchargées dimpôts et avaient à souffrir les plus crianies exactions.

Lempereur Alexandre avait, plus dune fois, exprimé son mécontentementde la violation des engagements contractés par la Turquie. Mais, au lendemainde la paix générale, après les efforts et les sacrifices quavait faits la Russie,il lui répugnait den appeler aux armes et de troubler lEurope. Le comte deNesselrode, invoquant les traités dIassy et de Bucharest, faisait des représen-tations, adressait des notes. Le Reïss-Effendi protestait, non sans emphase, dela sincérité de la Sublime Porte; mais, après plusieurs années, les négociationsnétaient pas plus avancées quau début. La diplomatie orientale na jamaisété quun tissu dartifices et de promesses mensongères.

Linsurrection Grecque et la levée de boucliers des Hétéristes dans lesPrincipautés vinrent fournir à la Porte de nouveaux prétextes pour ne pasfaire droit aux réclamations persislantes du cabinet de Saint-Pétersbourg.Elle prétendait que la Russie favorisait les insurgés et leur envoyait dessecours. Limputation élait contraire à la vérité. Lempereur Alexandre nétaitcertainement pas indifférent à la cause de ses coreligionnaires; mais, loinde leur accorder sa protection, il désavouait le mouvement Hétériste et blâ-mait officiellement son principal promoteur, Alexandre Ypsilanti. Le Tsarétait comme enchaîné par la politique que M. de Metternich faisait prévaloirdans le conseil des Puissances. Au congrès de Laybach, le chancelier de lem-pire dAutriche sétait élevé, au nom de « lordre Européen », contre les ef-forts de la Grèce pour recouvrer son indépendance, et, sous son inspiration,le congrès de Vérone avait considéré les Hellènes comme des révolutionnaires.Alexandre élait le fondateur de la Sainte-Alliance ; en ne désavouant pas lesinsurgés, naurait-il pas été exposé au soupçon de trahir la cause communedes monarchies ?

La résistance héroïque des Grecs et les prodiges accomplis par leurs marinsentretenaient la fureur du sultan Mahmoud. La populace de Constantinople,la plus fanatique et la plus féroce qui fût au monde, et la soldatesque Turque,