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ALEXANDRE II.
clamer prince de Serbie, et, profitant des embarras de la Porte, il conclutavec elle une convention qui donna à la Principauté quelques années de tran-quillité. En vertu de cet arrangement, la Porte conservait les forteresses, lasuzeraineté, reconnaissait à Milosch le titre de prince, et les Serbes, en payantun tribut, gardaient leurs armes et le droit de s’administrer eux-mêmes. Enréalité, ce n’était qu’une trêve que les Turcs pourraient enfreindre quandils le voudraient.
Les conditions du traité de Bucharest, concernant la Serbie, n’étaient pasles seules que les Turcs eussent foulées aux pieds, et le gouvernement impé-rial de Russie avait contre eux d’autres griefs. Non seulement la Moldavie etla Valachie étaient privées des immunités formellement stipulées, mais ellesétaient surchargées d’impôts et avaient à souffrir les plus crianies exactions.
L’empereur Alexandre avait, plus d’une fois, exprimé son mécontentementde la violation des engagements contractés par la Turquie. Mais, au lendemainde la paix générale, après les efforts et les sacrifices qu’avait faits la Russie,il lui répugnait d’en appeler aux armes et de troubler l’Europe. Le comte deNesselrode, invoquant les traités d’Iassy et de Bucharest, faisait des représen-tations, adressait des notes. Le Reïss-Effendi protestait, non sans emphase, dela sincérité de la Sublime Porte; mais, après plusieurs années, les négociationsn’étaient pas plus avancées qu’au début. La diplomatie orientale n’a jamaisété qu’un tissu d’artifices et de promesses mensongères.
L’insurrection Grecque et la levée de boucliers des Hétéristes dans lesPrincipautés vinrent fournir à la Porte de nouveaux prétextes pour ne pasfaire droit aux réclamations persislantes du cabinet de Saint-Pétersbourg.Elle prétendait que la Russie favorisait les insurgés et leur envoyait dessecours. L’imputation élait contraire à la vérité. L’empereur Alexandre n’étaitcertainement pas indifférent à la cause de ses coreligionnaires; mais, loinde leur accorder sa protection, il désavouait le mouvement Hétériste et blâ-mait officiellement son principal promoteur, Alexandre Ypsilanti. Le Tsarétait comme enchaîné par la politique que M. de Metternich faisait prévaloirdans le conseil des Puissances. Au congrès de Laybach, le chancelier de l’em-pire d’Autriche s’était élevé, au nom de « l’ordre Européen », contre les ef-forts de la Grèce pour recouvrer son indépendance, et, sous son inspiration,le congrès de Vérone avait considéré les Hellènes comme des révolutionnaires.Alexandre élait le fondateur de la Sainte-Alliance ; en ne désavouant pas lesinsurgés, n’aurait-il pas été exposé au soupçon de trahir la cause communedes monarchies ?
La résistance héroïque des Grecs et les prodiges accomplis par leurs marinsentretenaient la fureur du sultan Mahmoud. La populace de Constantinople,la plus fanatique et la plus féroce qui fût au monde, et la soldatesque Turque,