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ALEXANDRE II.
qu’une rupture était imminente entre la Russie et la Porte Ottomane, voulutrevenir sur les conditions consenties en son nom. Il désirait gagner du temps,dans l’espoir que les circonstances pourraient lui devenir favorables. Legénéral Paskévitch, rompant les négociations, lança ses troupes sur la routede Téhéran. Menacé dans sa capitale, effrayé de la marche rapide des Russes,le schah comprit qu’il n’avait qu’à se soumettre aux exigences du vainqueur,et il envoya de nouveau Abbas-Mirza au camp de Paskévitch. La paix fut défi-nitivement conclue, le 10 février 1828, au village de Tourkmantchaï. Le schahcédait à la Russie la province d’Erivan et le Khanat de Nakhitchevan; il s’en-gageait, en outre, à payer une indemnité de guerre de vingt millions de rou-bles (quatre-vingt millions de francs) et garantissait de grands avantagesau commerce Russe. L’Araxe devenait la frontière des deux empires.
La paix de Tourkmantchaï était un véritable échec pour l’influence Britan-nique à Téhéran. L’Angleterre avait conseillé au schah de ne pas céderun pouce de territoire à la Russie, et les possessions de cette dernière puis-sance allaient s’étendre jusqu’à l’Araxe. Malgré un traité formel, elle n’avaitfourni à ce prince ni un homme, ni le moindre subside. Le schah devait avoirdésormais une confiance médiocre dans les conseils et les promesses de l’An-gleterre.
Cette paix, si profitable à la Russie, comblait les vœux de l’empereur Nico-las. Elle le délivrait d’un ennemi, qui aurait pu être gênant pendant laguerre qu’il était à la veille de soutenir contre la Turquie. L’influence ducabinet de St-Pétersbourg allait devenir dominante à Téhéran, et l’on ne tardapas à en avoir un témoignage significatif.
M. de Griboïedof avait été envoyé à Téhéran, en qualité de ministre deRussie, pour hâter l’exécution du traité de Tourkmantchaï. Il se montra fortrigide dans l’accomplissement de sa mission, surtout en ce qui concernaitl’extradition des Arméniens et Géorgiens, nés dans les provinces cédées à laRussie, et s’attira ainsi l’animadversion de la population Persane. Il retint deforce, à l’hôtel de la légation, deux Géorgiennes qu’il avait réclamées. Le12 février 1829, un violent tumulte éclata à Téhéran; la multitude se porta àla résidence du ministre de Russie, en brisa les portes et massacra tout ce quis’offrit à sa fureur ; M. de Griboïedof fut une des premières victimes. Le schahaccourut lui-même, accompagné de l’un de ses fils et d’un détachement detroupes, pour arrêter le déchaînement de la foule; quand il arriva, il étaittrop tard. Feth-Ali fut consterné en songeant aux conséquences que pourraitavoir une catastrophe qui semblait avoir été provoquée pour impliquer laPerse dans un nouveau conflit avec la Russie. Il ordonna un deuil public ettransmit l’expression de ses regrets au général Paskévitch, gouverneur géné-ral des provinces du Caucase, qui lui conseilla de désarmer le juste courroux