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L' empereur Alexandre II : vingt-six ans de règne (1855-1881) / par C. de Cardonne
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ALEXANDRE II.

quune rupture était imminente entre la Russie et la Porte Ottomane, voulutrevenir sur les conditions consenties en son nom. Il désirait gagner du temps,dans lespoir que les circonstances pourraient lui devenir favorables. Legénéral Paskévitch, rompant les négociations, lança ses troupes sur la routede Téhéran. Menacé dans sa capitale, effrayé de la marche rapide des Russes,le schah comprit quil navait quà se soumettre aux exigences du vainqueur,et il envoya de nouveau Abbas-Mirza au camp de Paskévitch. La paix fut défi-nitivement conclue, le 10 février 1828, au village de Tourkmantchaï. Le schahcédait à la Russie la province dErivan et le Khanat de Nakhitchevan; il sen-gageait, en outre, à payer une indemnité de guerre de vingt millions de rou-bles (quatre-vingt millions de francs) et garantissait de grands avantagesau commerce Russe. LAraxe devenait la frontière des deux empires.

La paix de Tourkmantchaï était un véritable échec pour linfluence Britan-nique à Téhéran. LAngleterre avait conseillé au schah de ne pas céderun pouce de territoire à la Russie, et les possessions de cette dernière puis-sance allaient sétendre jusquà lAraxe. Malgré un traité formel, elle navaitfourni à ce prince ni un homme, ni le moindre subside. Le schah devait avoirdésormais une confiance médiocre dans les conseils et les promesses de lAn-gleterre.

Cette paix, si profitable à la Russie, comblait les vœux de lempereur Nico-las. Elle le délivrait dun ennemi, qui aurait pu être gênant pendant laguerre quil était à la veille de soutenir contre la Turquie. Linfluence ducabinet de St-Pétersbourg allait devenir dominante à Téhéran, et lon ne tardapas à en avoir un témoignage significatif.

M. de Griboïedof avait été envoyé à Téhéran, en qualité de ministre deRussie, pour hâter lexécution du traité de Tourkmantchaï. Il se montra fortrigide dans laccomplissement de sa mission, surtout en ce qui concernaitlextradition des Arméniens et Géorgiens, nés dans les provinces cédées à laRussie, et sattira ainsi lanimadversion de la population Persane. Il retint deforce, à lhôtel de la légation, deux Géorgiennes quil avait réclamées. Le12 février 1829, un violent tumulte éclata à Téhéran; la multitude se porta àla résidence du ministre de Russie, en brisa les portes et massacra tout ce quisoffrit à sa fureur ; M. de Griboïedof fut une des premières victimes. Le schahaccourut lui-même, accompagné de lun de ses fils et dun détachement detroupes, pour arrêter le déchaînement de la foule; quand il arriva, il étaittrop tard. Feth-Ali fut consterné en songeant aux conséquences que pourraitavoir une catastrophe qui semblait avoir été provoquée pour impliquer laPerse dans un nouveau conflit avec la Russie. Il ordonna un deuil public ettransmit lexpression de ses regrets au général Paskévitch, gouverneur géné-ral des provinces du Caucase, qui lui conseilla de désarmer le juste courroux