INTRODUCTION HISTORIQUE.
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l’étendard de la croix, devenu, dans toute la Grèce, celui de l’indénendance.
A
Ils formèrent une fédération et nommèrent un gouvernement, dont le siègefut établi à Ilydra. Ce gouvernement, composé des chefs des familles les plusconsidérées, disposait de tous les moyens de commencer immédiatement laguerre; il avait à ses ordres des officiers, des matelots, tous braves et patriotes.Il équipa une flottille de 180 bricks, bien armés et portant le pavilllon bleuet blanc de l’IIétérie. Il y eut émulation d’efforts et de sacrifices; une seulemaison arma 30 navires; une femme, une héroïne, Doblina, de Spezzia, dontle mari avait été massacré par les Turcs, en fournil trois qu’elle commandaelle-même. Le sénat d’IIydra se hâta d’ouvrir des communications entre lesparties insurgées de la terre ferme, leur expédiant des secours de toutenature.
A dater de sa formation, la flottille remplit les espérances qui reposaientsur son organisation et sur l’habileté des officiers qui la commandaient : ellefit disparaître le commerce des Turcs de la Méditerranée, harcela leurmarine militaire, gêna ses mouvements, tenant la mer depuis les côtes del’Asie Mineure jusqu’à celles de l’Épire; en dépit des gros bâtiments de laflotte Ottomane, elle bloqua les ports ennemis, distribua ses croisières jusqu’àl’entrée des Dardanelles, et, successivement, elle contribua au soulèvementde presque toutes les îles de l’Archipel.
Dirigée par un conseil de navarques, qui déploya autant d’activité que depatriotisme, la guerre maritime se fit avec un ensemble remarquable. Par lasupériorité de leur construction, de leurs manœuvres, de leurs équipages,les bâtiments Grecs, légers, fins voiliers, avaient d’incontestables avantagessur les vaisseaux Turcs, dont l’installation était défectueuse, et qui se mou-vaient lentement, à cause de l’ignorance des officiers et de la maladresse desmatelots. Souvent, les navires Grecs passaient, bord à bord, sous le feu desvaisseaux Ottomans, sans en être atteints, et ils leur étaient surtout redou-tables par leurs brûlots, de forme nouvelle, portant dans leurs flancs et àtous leurs agrès des matières incendiaires, dont les effets étaient comparablesà ceux de l’ancien feu grégeois. Il semblait que les Grecs modernes eussentretrouvé le secret de ce feu si destructeur.
Durant toute la guerre de l’indépendance, la marine Grecque se signalapar sa science nautique, par ses exploits, accomplissant des actes d’audacecomparables à tout ce que l’histoire de la Grèce antique offre de plushéroïque. Ses succès si nombreux furent peut-être ses moindres titres ausouvenir de la Grèce moderne; par l’esprit d’ordre qui la distinguait, par sadiscipline, par son exemple, elle maintint le faisceau de l’unité nationale aumilieu de divisions qui compromettaient la cause commune. Elle ne cessa deseconder les opérations des troupes de terre, pourvoyant à presque tous